Naëm Bestandji

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Rokhaya Diallo met au même niveau masque sanitaire et voile intégral

Par Naëm Bestandji . Publié le 22 Mai 2020 à 13h30

"Une professeure portant un masque pendant la crise du Covid-19 et Hind Ahmas en 2011, en attente de son jugement pour avoir violé la loi sur le voile de 2010. | Jeff Pachoud - Miguel Medina / AFP" Source : http://www.slate.fr/story/190779/covid-19-loi-voile-integral-niqab-obligation-port-masque-contradiction-assimilationnisme

La question, pour moi, n'était pas de savoir si certains allaient oser comparer les masques pour se protéger de la pandémie et le voile intégrale. La question était : quand ?

Nous y avons droit depuis plusieurs jours. Parmi les plus médiatisés, un journaliste du Washington Post a publié le 10 mai un article pour se moquer de l'interdiction du voile intégral depuis 2010 en France et l'impératif du port du masque aujourd'hui.

Prise d'une euphorie "féministe" (je suis ironique), Rokhaya Diallo s'est fendue, non pas d'un mais, de deux articles pour soutenir cette fausse comparaison et fustiger, elle aussi, la France. Le premier, publié le 15 mai sur le site du média Qatari Al-Jazeera est à destination de l'étranger, notamment des pays musulmans. Le second, publié 5 jours plus tard sur Slate.fr, en est l'adaptation française (1).

Elle compare donc une recommandation sanitaire provisoire pour sauver des vies, et qui concerne hommes et femmes, à une prescription salafiste éternelle motivée par un sexisme maladif. Elle met sur le même plan la santé publique qui concerne tous les Êtres humains et une obligation "religieuse" uniquement destinée aux femmes par une morale patriarcale d'un autre âge. Elle voit un lien entre un masque porté pour se protéger contre un virus potentiellement mortel et un voile intégral prescrit par le salafisme pour cacher les femmes de la vue des animaux que seraient les hommes. Bref, Rokhaya Diallo compare un virus au salafisme (qu'elle nomme "islam"). De là à faire du second l'équivalent du premier...

Cette ridicule et choquante comparaison (des personnes sont mortes dans cette pandémie) n'a rien d'intellectuelle. Des enfants ont le même raisonnement dans les cours de récré. Ses propos sont là pour révéler, selon elle, l'incohérence de la France qui ne tolèrerait pas l'islam et les musulmans (le salafisme et ses disciples étant, à ses yeux, l'islam et les musulmans).

Son article aurait pu être illustré par une photo montrant un homme qui porte un masque et une femme qui porte un niqâb. Ou bien un homme et une femme qui portent un masque et une femme en niqâb. Mais, immergée dans son sexisme politique, cette réalité ne colle pas avec le monde de Rokhaya Diallo.

Les propos du Washington Post et de la militante racialiste s'inscrivent dans ceux diffusés par des salafistes sur les réseaux sociaux et certains de leurs sites internet. Mais il y a deux différences de taille. Tout d'abord, la portée médiatique n'est pas la même. Le Washington Post, Al-Jazeera et Slate arrosent un public bien plus large, permettant ainsi de diffuser les "arguments" salafistes au plus grand nombre et, ainsi, de toujours participer à la banalisation du voilement. De plus, ces "arguments" sont crédibilisés car propagés par des journalistes (Rokhaya Diallo se présente comme telle), et non classées à l'extrême droite musulmane.

Une nouvelle fois, Rokhaya Diallo assume sans complexe son soutien à l'islamisme (nous pouvons lui reconnaitre cette constante). Bien sûr, elle réduit comme à son habitude toutes les musulmanes au sexisme du voilement, car légiférer sur le voile intégral serait une attaque contre toutes les musulmanes. Elle considère aussi l'égalité des sexes comme une opinion française "ethnocentrée" et l'obscurantisme du salafisme comme un "choix éclairé". Bref, ce sont les propos habituels du racialisme et du "féminisme intersectionnel".

Le sexisme pro-islamiste de Rokhaya Diallo est chaque jour plus affligeant.

(1) Visages masqués, la contradiction à visage découvert