Naëm Bestandji

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Parmi les mobilisations contre la France, islamistes français et OCI se déchaînent

Par Naëm Bestandji . Publié le 26 Octobre 2020 à 11h56

Représentants des pays membres de l'Organisation de Coopération Islamique réunis à Istanbul, 22 mars 2019.

Les caricatures du Prophète de l'islam, publiées par Charlie Hebdo depuis 2006, n'en finissent pas de créer l'hostilité de nombre de musulmans, en France et à l'étranger. Des traits de crayons pour rire de leur religion les offusquent bien plus que des tirs de Kalachnikov ou des coups de couteau pour tuer au nom de cette même religion. L'atteinte à l'islam ("islamophobie") leur est plus douloureuse que l'atteinte à la chair humaine. C'est d'ailleurs pour cela que, par le terme "islamophobie", ils fusionnent le blasphème avec l'hostilité envers les musulmans. Le but est de brandir la seconde, interdite par la loi, pour espérer faire un jour interdire le premier.

Tu ne peux pas caricaturer l'islam

Si des musulmans se considèrent d'abord comme Français, leur islamité relevant de l'intime, d'autres se considèrent d'abord comme musulman, leur citoyenneté relevant du moyen pour imposer leur islamité. Ces derniers, avec le soutien d'une partie de la gauche, ont installé un climat de tension délétère nourri par une victimisation exacerbée. De BarakaCity au site salafiste "d'information" Islam&Info, mais surtout en passant par le CCIF, les islamistes d'aujourd'hui ont organisé, récolté et distribué ce qui a été semé par leurs ainés (UOIF, Tariq Ramadan, etc.). Français de naissance pour la plupart, les islamistes d'aujourd'hui ont même réussi à faire mieux que les anciens.

Pour rassurer et séduire, avec succès, la frange de la gauche naïve qui pourrait les soutenir, ils déclarent aimer la France… mais il faut tout changer car elle leur serait hostile. Leur obsession sexuelle leur a fait choisir le sexisme du voile comme outil politique principal. Mais ces derniers temps, c'est la liberté d'expression, notre héritage culturel de l'irrévérence, qui est de nouveau dans leur ligne de mire. La republication des caricatures par Charlie Hebdo a encore une fois montré le gouffre grandissant entre des Français de confession musulmane gavés aux discours victimaires et communautaristes, et le reste de la population. L'assassinat de Samuel Paty, décapité pour avoir osé enseigner la liberté d'expression à ses élèves, en fut le dernier acte macabre.

Critiquer l'islam est possible, sauf quand on critique l'islam

L'offensive internationale contre la France soutenue par des islamistes français

L'électrochoc causé par cette décapitation a poussé le gouvernement et le Président de la République à réaffirmer le principe de laïcité, dont la liberté de conscience est le cœur, et cette liberté d'expression si chèrement acquise. Cela représente à la fois une offense et une aubaine pour les islamistes français et étrangers. C'est le moyen de tenter de renforcer l'Oumma (communauté musulmane supranationale). De nombreux intégristes français participent à une campagne internationale contre la France. Ils en appellent à boycotter les produits français, à nuire à notre économie, pour nous faire plier. C'est par exemple le cas du site Islam&info. Il participe activement à la victimisation internationale contre la France. Parmi ses envolées anti françaises, un tweet publié le 25 octobre 2020 résume toute sa pensée. Il est rédigé en anglais, donc destiné à l'international. Islam&Info appelle à l'aide. Il appelle non pas à aider les Français de confession musulmane, mais "la minorité musulmane en France". De plus, comme tous les islamistes, il utilise l'ensemble des musulmans comme bouclier pour protéger son idéologie totalitaire (l'islamisme), jusqu'à l'indécence. En effet, par l'habituelle victimisation, il va jusqu'à écrire : "Ils veulent faire avec nous ce que la Chine a fait avec les Ouïghours". Notez bien le "ils", c’est-à-dire les Français (les musulmans ne seraient pas Français, selon ce site).

Islam&Info appelle à se mobiliser contre la France

Ce séparatisme assumé n'est pas une exception. L'islamisme dans son ensemble est motivé par l'unité de l'Oumma, par-dessus la souveraineté des États nationaux. Cela explique, en partie, les attaques de Recep Tayyip Erdogan (qui se rêve en leader du monde musulman) contre Emmanuel Macron, les déclarations hostiles de l'université Al-Azhar, l'offensive du Président du Pakistan, les multiples mobilisations d'excités à travers le monde et la réaction de l'OCI.

Dans un communiqué publié sur son site Internet, L’OCI dénonce la persistance des attaques orchestrées contre les sentiments des musulmans à travers la diffamation des symboles religieux et de la personne du Prophète (PSL) (1). Faisant fi de la liberté d'expression dont elle ignore tout, elle [marque] son étonnement devant le discours politique officiel émanant de certains responsables français, discours qui est susceptible de nuire aux relations franco-musulmanes et est de nature à attiser haine et le ressentiment (sic). Passons sur l'inversion accusatoire, classique, d'attiser la haine. Dans ce passage, le plus surprenant est l'expression "nuire aux relations franco-musulmanes". L'OCI distingue et oppose les Français, citoyens, et les musulmans, croyants. Selon elle, c'est soit l'un soit l'autre. Comme s'il existait un pays nommé "musulmanie" et que l'OCI était prête à rappeler son ambassadeur. Ce lapsus (volontaire ?) révèle l'obsession de l'unification de l'Oumma et le rejet des États nationaux, obstacles à l'unification de la nation musulmane pour les islamistes.
Cette réaction de l'OCI n'est pas un dérapage. C'est dans son ADN.

L'Organisation de la Coopération Islamique : pour un islam totalitaire

Créée en 1969 sous l'appellation "Organisation de la conférence islamique" jusqu'en 2011, elle est "la deuxième plus grande organisation intergouvernementale après les Nations unies avec 57 États membres", selon son site internet. Ses domaines ne sont pas uniquement religieux mais aussi politiques, économiques, sociaux et culturels. Elle a pour ambition d’être "le porte-voix du monde musulman dont elle assure la sauvegarde et la protection des intérêts" (2). C'est suffisamment vague et consensuel pour être présentable en vitrine. Pour connaître les détails, il faut se rendre dans l'arrière-cour. En 1983, l'"Organisation islamique pour l'éducation, les sciences et la culture", émanation de l’OCI, publia le premier numéro de sa revue "L'islam aujourd'hui". En voici un extrait :
La Oumma islamique, entière, a commencé comme une minorité réduite à une seule personne, le Prophète. Elle s’est ensuite élargie à quelques centaines de personnes (...). Le succès d'une minorité musulmane est de devenir un jour une majorité. Ce phénomène se fait par un effet d'assimilation réciproque entre la majorité non-islamique et la minorité islamique, la majorité acceptant petit à petit la morale et la religion islamiques et finissant par s'identifier à l'islam (...). Le but est d’établir un plan commun des pays musulmans qui aiderait chaque minorité musulmane à établir les conditions nécessaires à lui donner une dynamique de minorité réussie. Plus ces communautés seront fortes et acceptées dans leur pays, plus elles défendront les intérêts du monde musulman puisque la Oumma est une et indivisible, chaque fraction de cette Oumma est d'une importance primordiale. (3)

Nous retrouvons cette vision du monde dans tous les discours islamistes. Voilà pourquoi, par exemple, un islamiste français sera plus touché par le drame palestinien, les attentats en Nouvelle Zélande situés à 20 000 km de chez lui, plutôt que par les attentats qui touchent le pays dont il est citoyen (sauf s'il y a des musulmans parmi les victimes).

L'OCI soutient ainsi des organisations et associations dans les pays musulmans mais aussi non musulmans pour mieux y installer (sa vision de) l’islam. Elle exerce parallèlement des pressions sur les États afin de les faire plier à sa vision de la liberté et du respect (limiter la liberté d’expression, rétablir le délit de blasphème, accepter un retour en arrière pour les droits des femmes, lutter contre le droit à l’IVG, contre les mouvements LGBT, pour le port du voile, etc.). Tout ceci sous couvert de défense de la liberté religieuse et du droit à la différence. Des éléments de langage utilisés pour culpabiliser les pays non musulmans.

La Déclaration Islamique des Droits de l'Homme (pour le mâle musulman)

Un des outils dont l'OCI dispose est la "Déclaration Islamique des Droits de l'Homme" (4), adoptée en 1990 : "Décoloniale" avant l'heure, elle considère l'universalisme comme une forme de colonialisme. L'égalité de tous les Êtres humains ne peut pas être islamique selon elle. Cela doit passer par le prisme de la charia pour rendre cette égalité compatible avec l'islamisme politique. Autrement dit, réduire certains droits humains pour respecter son archaïsme.
L'article 1 pose le cadre. Voici celui de la Déclaration universelle des droits de l'Homme : Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience (…).
Voici celui de la Déclaration des droits de l’Homme en islam : Tous les êtres humains forment une famille dont les membres sont unis par leur soumission à Dieu, et par le fait qu'ils descendent d'Adam. (…)

Le premier considère que chaque Être humain naît libre, à égalité avec tous, et reconnaît sa capacité à raisonner et sa liberté de conscience. Le second, soumet chacun à un groupe, lui-même soumis à un Dieu, et leur impose une ascendance mythologique supposée. La liberté de conscience est niée. L'athéisme n'est pas reconnu. Pour donner bonne figure, la suite de l'article est plus consensuelle en affirmant que "tous les hommes sont égaux". Une bonne part de cette Déclaration des droits est construite sur des contradictions au sein de ses articles. Mais il en ressort bien la volonté de prendre ses distances avec l'universalité des droits pour les réduire afin de les soumettre à la charia.

L'article 6 en est un autre exemple. Elle commence par affirmer une fausse égalité femme-homme :
a) La femme est l'égale de l'homme dans la dignité humaine ; ses droits sont équivalents à ses devoirs. Elle a une personnalité civile, une responsabilité financière indépendante, et le droit de conserver son nom patronyme et ses liens de famille.
Ainsi, la femme n'est pas l'égale de l'homme dans l'absolu. Elle l'est seulement dans la "dignité humaine". Ses droits et devoirs ne sont pas égaux à ceux des hommes. Ils lui sont spécifiques et équivalents entre eux. La suite de l'article entérine ce patriarcat : Le mari a la charge de l'entretien de la famille et la responsabilité de sa protection.

L'aspect totalitaire de cette déclaration transparaît surtout à l'article 10 :
L’Islam est la religion naturelle de l'homme. Il n'est pas permis de soumettre ce dernier à une quelconque forme de pression ou de profiter de sa pauvreté ou de son ignorance pour le convertir à une autre religion ou à l'athéisme.
Il n'y rien de nouveau. Les islamistes ont décrété que l'islam relève de la nature. Tout choix différent serait donc contre nature. Chacun est assigné à l'islam sans avoir la possibilité d'en sortir. Si cette déclaration interdit le prosélytisme des autres religions (l'athéisme n'est pas prosélyte, contrairement à ce qu'elle affirme), elle n'interdit pas le prosélytisme dans l'autre sens pour convertir "l'homme" à l'islam.

La Déclaration Islamique des Droits de l'Homme vise à réduire certains droits humains pour respecter son archaïsme.

Ainsi, cette déclaration alterne entre des articles qui semblent tolérants et d'autres franchement rétrogrades et totalitaires.

Le lobbying de l'OCI à l'international

Pour arriver à ses fins, l'OCI fait notamment du lobbying à l’ONU où elle possède une délégation permanente. En 2016 par exemple, dans sa vision des droits humains et de la "dignité humaine", elle demanda l'exclusion de 11 ONG LGBT d'une conférence consacrée à la lutte contre la pandémie du VIH (5). Elle entrava ainsi la lutte contre ces maladies uniquement en raison de son homophobie motivée par sa foi.

Elle tente aussi depuis des années de faire reconnaître au niveau mondial ce que ses membres appliquent chez eux : la "diffamation de l'islam" pour toute critique du dogme (et de ses représentants), appelée aussi "islamophobie". Pour rendre cette demande moins communautariste et plus présentable à l'international, une autre formule est aussi utilisée en parallèle : la "diffamation des religions". Là encore, l'ONU sert de levier.

L'OCI tente depuis des années de faire reconnaître au niveau mondial ce que ses membres appliquent chez eux : la "diffamation de l'islam" pour toute critique du dogme (et de ses représentants), appelée aussi "islamophobie".

Ce cadre étant posé, nous pouvons mieux interpréter la réaction de l'OCI dans son communiqué contre la France qui inclut aussi les atteintes aux autres religions monothéistes (les seules respectables à ses yeux).

L'OCI "appelle à la révision des politiques discriminatoires qui ciblent les communautés musulmanes et portent atteinte aux sentiments de plus d’un milliard et demi de musulmans à travers le monde." Telle est la fin de sa publication. Ce mensonge sur les "politiques discriminatoires qui ciblent les communautés musulmanes" est là pour jouer sur l'émotion de tous les musulmans du monde afin de renforcer leur sentiment d'appartenance à un peuple supérieur aux États-nations. Cette internationalisation d'un sujet franco-français est aussi illustrée par le site islamiste français "Dômes & Minarets" qui relaie avec joie le communiqué de l'OCI.

Domes et Minarets partage l'OCI

Ce tweet a été partagé par Islam&Info, des soutiens du CCIF et de BarakaCity. D'autres ont aussi partagé le communiqué de l'OCI afin d'assurer une large diffusion. La boucle est bouclée. La fracture communautariste, voire séparatiste, est cultivée de plus belle par les semences de la victimisation et le martèlement de "l'humiliation". Le terreau pour un nouvel attentat est installé.

(1) L’OCI dénonce la persistance des attaques orchestrées contre les sentiments des musulmans
(2) Organisation de la Coopération Islamique, histoire
(3) L’Islam aujourd’hui, N°1, avril 1983, p. 105.
(4) La Déclaration Islamique des Droits de l'Homme
(5) Les pays musulmans font exclure les ONG LGBT d’une conférence de l’ONU consacrée au SIDA

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