Naëm Bestandji

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actualités - Asif Arif, burqini

Asif Arif réagit à une question sur le burqini posée à Marlène Schiappa

Par Naëm Bestandji . Publié le 03 Septembre 2019 à 14h46

Asif Arif est avocat de profession. Il se présente comme un défenseur de la laïcité. Sujet pour lequel il a consacré un livre préfacé par Jean-Louis Bianco, président de l'Observatoire de la laïcité.

Aujourd'hui est le lancement d'une campagne pour faire connaitre le n°3919 pour alerter sur les violences conjugales. C'est aussi le lancement du Grenelle sur ce sujet. Il durera jusqu'au 25 novembre prochain, date de la journée internationale contre les violences faites aux femmes.

A cette occasion, la secrétaire d'État à l'égalité femme-homme, Marlène Schiappa, fut l'invitée ce matin de l'émission de Jean-Jacques Bourdin sur BFMTV. L'Obs a publié dans la foulée un bref article pour dire que Jean-Jacques Bourdin a menacé "d’interrompre son interview", mais qu'elle "s’est poursuivie avec les thèmes du port du burkini dans les piscines municipales et des injures homophobes dans les stades de football" (1).

Asif Arif s'est alors fendu d'un tweet et d'une publication sur Facebook en relayant cet article avec un commentaire allant plus loin que le texte qu'il relaie :
"Ce matin, la Secrétaire d’Etat était en difficulté face à Jean-Jacques Bourdin.
L’interview a failli prendre fin.
Mais ils ont trouvé un terrain d’entente. Parler des femmes portant le Burkini."

Les invités sont toujours en difficulté face à ce journaliste. C'est sa marque de fabrique. L'entretien a été tendu mais pas au point de l'interrompre.

Asif Arif laisse ensuite entendre que le journaliste et la secrétaire d'État ont abordé le sujet du burqini, alors que ce n'était pas le sujet de départ. Ils auraient allègrement échangé là-dessus en toute connivence. Ce serait une preuve qu'il serait plus facile de toujours parler des "musulmans" pour éviter les sujets qui fâchent. Mais là encore, Asif Arif ne dit pas vraiment la vérité.

Comme habituellement dans cette émission, le journaliste en profite aussi pour interroger l'invitée sur d'autres sujets d'actualité en lien avec ses activités. L'entretien a duré 22 minutes. Après avoir uniquement parlé des violences conjugales pendant près de 16 minutes, soit la majeure partie de l'émission, J. J. Bourdin a commencé à l'interroger sur d'autres sujets avant de revenir sur une dernière question concernant les violences conjugales.

Il y a 2 jours, des islamistes et leurs soutiens ont mené une action burqini dans une piscine municipale du 11ème arrondissement de Paris (2). Le but de ces fanatiques est évidemment qu'on en parle. Ce fut chose faite dans l'émission. Une question sur ce sujet est posée au bout de 16 minutes 54 secondes exactement. Marlène Schiappa affirme être contre ces actions et leurs motivations. Le journaliste passe à la question suivante sur un autre thème à 18 minutes 43 secondes. Le sujet a donc occupé moins de 2 minutes d'antenne, parmi d'autres questions, sur 22 minutes d'émission.

Pourquoi Asif Arif a-t-il ressenti le besoin de publier un texte sur 2 réseaux sociaux pour dire n'importe quoi ?
En fait, il n'est pas connu pour être avocat, ni même pour l'écriture de son livre. Il l'est car il est avant tout un militant religieux qui a écrit un livre sur la laïcité, préfacé par le président de l'ODL.
Il n'est pas salafiste ni Frère Musulman. Mais il est proche des Frères à travers ses soutiens répétés au CCIF et à la plateforme "L.e.s Musulmans". Sur plusieurs sujets, notamment sur le voile et les violences conjugales, il a une approche extrémiste de l'islam. Il fut un temps présentateur d'une émission religieuse diffusée sur internet, "Horizons d'Islam". Dans le numéro 27 de l'émission, le sujet des violences conjugales est abordé.

Il nous explique que notre société est trop permissive. Mais lui et ses invités vont encore plus loin : le Coran prévoit des étapes, codifie les violences conjugales contre les femmes parce que… des épouses violenteraient leurs maris… Ces derniers ne feraient que se défendre. Oui, ce sont les hommes qui seraient victimes et ne feraient donc que se défendre.
Puis, l'invité détaille la bonne technique pour battre sa femme. Une technique censée éviter les traces de coups pour une violence qui en deviendrait plus symbolique que physique. Asif Arif, lui, reste placide face à cette interprétation surréaliste du Coran où les maris seraient les victimes. Il ne manifeste aucune émotion, aucun désaccord. Il n'exprime aucune condamnation. Il apporte toutefois un bémol. Va-t-il enfin prendre ses distances ? Pas du tout. Il enfonce même le clou : "Parfois il faudrait regarder aussi la société dans laquelle on vit. Et s'apercevoir que la violence conjugale ça devient monnaie courante. Et là y a pas d'étapes. Directement on en arrive aux coups".
Autrement dit, l'interdiction des violences conjugales ne serait pas la solution. Leur légalisation sous conditions, en respectant certaines étapes, apporterait la paix des ménages.
Les 11 minutes accordées à ce sujet dans cette émission sont d'une telle bêtise gravissime que cela pourrait en devenir risible.

Voilà peut-être pourquoi Asif Arif est plus offusqué par le fait que le burqini ait été abordé qu'intéressé par les 90% de l'émission consacrés aux violences conjugales.

(1) Agacé par Marlène Schiappa, Jean-Jacques Bourdin menace d’interrompre son interview
(2) Nouvelle opération pro burqini, cette fois à Paris