Naëm Bestandji

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Discrimination envers les musulmans : le sondage biaisé de l'IFOP

Par Naëm Bestandji . Publié le 06 Novembre 2019 à 20h11

Le 6 novembre 2019, le journal Le Monde relaie sur son site Internet les résultats d'une enquête réalisée par l'IFOP, publiée dans Le Parisien, sur les discriminations envers les musulmans. Les mots choisis et l'analyse du journal et de l'institut participent aux discriminations qu'ils prétendent rendre compte.

Le premier élément qui saute aux yeux, dès le début de l'article, est l'emploi des expressions "musulmans de France" et "des musulmans vivant en France". D'emblée, le journal et l'institut posent le cadre : ils ne sont pas des français de confession musulmane. Ils sont des "musulmans de France", musulmans avant d'être français qui pourraient aussi bien être "musulmans d'Allemagne", "musulmans d'Australie" ou "musulmans de Suède" puisque l'appartenance à la Oumma serait supérieure à l'appartenance à la communauté nationale. C'est d'ailleurs aussi pour cela que l'UOIF (Frères musulmans) s'est renommée "musulmans de France" en 2017. Le Monde et l'IFOP reprennent et font leur la perception identitaire et communautariste de l'extrême droite musulmane.
Par l'usage de ces termes, le journal et l'institut apportent leur pierre à la discrimination des français de confession musulmane.

Les confusions, causées sans doute par une forme de racisme paternaliste et condescendant, ne s'arrêtent pas là. Les discriminations en raison de l'appartenance à l'islam sont nommées "racisme". Là encore, Le Monde et l'IFOP essentialisent les musulmans à leur religion au point de transformer l'adhésion à une idéologie religieuse en race ou peuple : le peuple musulman (originaire de Musulmanie ?).
Cette confusion transpire tout au long de l'article et marque l'absence de fiabilité de ce sondage. Pour exemple, les contrôles des forces de l'ordre et les discriminations à l'entrée d'un bar ou d'une discothèque sont motivées par la couleur de peau, pas par la religion qui n'est pas visible physiquement. D'ailleurs, l'étude montre bien, comme il est écrit dans l'article, que "40 % des musulmans estiment avoir fait l’objet de comportements racistes (contre 17 % chez les non-musulmans). Parmi eux pour 16 %, cela était dû à la religion". Dans ce passage comme dans d'autres, l'article fait la distinction entre racisme et appartenance religieuse, contrairement au début du texte qui confond les deux. Ainsi, au final et contrairement au titre de l'article qui annonce 42% de discriminés en raison de leur adhésion à l'islam, seul 6,72% des musulmans sondés déclarent avoir été discriminés en raison de leur religion.

De plus, et toujours précisé dans l'article, "des musulmans de France disent avoir été discriminés", non pas "ont été réellement discriminés". C'est un sondage qui s'appuie sur des sentiments et perceptions, pas sur des faits tangibles. Certes, il y a évidemment des musulmans sondés qui ont été discriminés en raison de leur religion. Mais nous savons également que, comme le montre tous les jours la stratégie victimaire du CCIF par exemple, un certain nombre de cas ne sont pas des discriminations mais un sentiment victimaire.
Le volet le plus flagrant est celui du voile. Là encore, Le Monde et l'IFOP reprennent les éléments de langage des islamistes en parlant de "foulard" au lieu d'utiliser le bon terme : voile. Un foulard peut être opaque ou transparent et se porte selon l'envie et l'activité du moment sans lien direct avec une injonction pseudo religieuse. Un voile est toujours opaque, cache toujours les cheveux, les oreilles, le cou et la gorge, ne se porte pas selon l'activité ou la météo du moment mais en permanence s'il y a un risque de croiser un homme qui n'est pas de sa famille, en lien direct avec une injonction pseudo religieuse et la menace d'aller brûler en enfer formulées par les islamistes. Le "foulard de nos grands-mères" (expression utilisée pour relativiser le sexisme politique du voile) n'a rien en commun avec le voile islamiste, que ce soit dans la forme, la fréquence de son port et la fonction.

Le voile a été créé pour discriminer et inférioriser une partie de l'Humanité en raison de son sexe. Il est par essence un attribut discriminant. Celles qui font le "choix" de le porter se discriminent elles-mêmes. Dans le domaine de l'emploi, nombre de postes demandent la neutralité politique et religieuse (si tant est que le voile serait un signe religieux en islam). Or, nombre de femmes voilées considèrent comme discriminant à leur encontre ce critère applicable à tous. Encore une fois, le sondage omet le degré potentiellement important du ressenti victimaire par une partie des sondé(e)s.

Certes, les cas d'"insultes ou d'injures à caractère diffamatoire" et diverses autres discriminations en raison de la religion existent. Toutes les discriminations doivent être combattues, que leur nombre soit infime ou pas. Mais pour cela, il faut poser le bon diagnostic, prendre et analyser les bonnes données. Or, un tel sondage, relaté par un tel article, avec des termes si peu adéquats et proches d'un racisme teinté d'orientalisme, n'aide pas à y voir plus clair. Pire que cela, il va contribuer à nourrir l'islamisme politique dans sa stratégie victimaire. Le CCIF, comme les autres, ne manquera pas de largement s'en servir.

(1) Selon un sondage, 42 % des musulmans de France disent avoir été discriminés à cause de leur religion