Naëm Bestandji

Féminisme / Universalisme / Laïcité

actualités - élections minicipales, Hanan Zahouani, Céline Deslattes

En 2020, l'islamisme ne baissera pas les bras. Les laïques non plus

Par Naëm Bestandji . Publié le 02 Janvier 2020 à 13h58

2019 fut une année riche en évènements pour l'islamisme politique. 2020 s'annonce toute aussi chargée. Comme toujours avec l'islamisme, le sexisme du voile aura un rôle fondamental.

Les élections municipales : évènement crucial pour l'islamisme politique

L'évènement le plus important seront les élections municipales. En 2017, les intégristes musulmans lancèrent des coups d'essais et posèrent les jalons lors des législatives. Certains islamistes ont aussi tiré des leçons. Ainsi, il y aura des listes islamistes dans plusieurs communes. L'UDMF (Union des Démocrates Musulmans Français), parti islamiste auquel j'avais accordé une longue partie dans mon article de 2017 sur les législatives, sera le plus dynamique avec huit listes. Mais le PEJ (Parti Égalité Justice), branche française de l'AKP (parti islamiste turc) d'Erdogan, pourrait dépasser l'UDMF en nombre de listes qu'il présentera bientôt. Sans compter d'autres listes de mouvements islamistes locaux.

En 2017, les intégristes musulmans lancèrent des coups d'essais et posèrent les jalons lors des législatives. Certains islamistes ont aussi tiré des leçons.

Mais il y aura aussi des listes "communautaires" qui réuniront des identitaires "arabes" et des islamistes. Enfin, et ce sera selon moi la situation la plus dangereuse, des islamistes rejoindront des listes traditionnelles pour infiltrer et se fondre dans des partis de gauche (et peut-être aussi du centre et de la droite). Ce sera par exemple le cas de Hanan Zahouani. Elle fut candidate aux législatives 2017 en banlieue parisienne pour le parti issu idéologiquement des Frères musulmans : "Français ET Musulmans". Depuis, elle a retiré son voile (le poids de ce sexisme était trop lourd à porter ?). Mais ses idées restent les mêmes. Le 22 décembre dernier, elle déclara par exemple avoir "fait un tour à l'école de Nader Abou Anas", une école de tendance salafiste. Nader Abou Anas est le prédicateur salafiste le plus en vogue sur les réseaux sociaux. Ultra sexiste, il est un farouche promoteur du voile et de l'apartheid sexuel. Il a même participé récemment à la création d'un site de rencontre "halal" à la hauteur de sa vision moyenâgeuse et communautariste des relations hommes-femmes. Tout ceci fait dire à Hanan Zahouani : "Nader Abou Anas que je salue. Personnellement je n'ai rien contre lui" (1).
Après avoir politiquement tiré quelques leçons depuis 2017, Hanan Zahouani intégrera une liste classique pour se présenter aux élections municipales de Bobigny.

Dernière situation et non des moindres, des listes seront constituées avec des pro islamistes. A Grenoble par exemple, il est fort probable que l'écologiste Céline Deslattes, la présidente du Planning familial de Grenoble, rejoigne la liste du maire actuel (Éric Piolle) pour sa réélection. Depuis 2017, par leurs dérives vers l'intersectionnalité, plusieurs Planning familiaux ont affiché leur rapprochement avec certaines valeurs sexistes de l'intégrisme musulman. Le Planning familial fut ainsi un vecteur important de l'avancée politique de l'islamisme par le sexisme du voile. Dans cette lignée, le PF de Grenoble avait officiellement soutenu l'association Alliance citoyenne dans ses actions burqini. Proche du maire depuis longtemps, Céline Deslattes exercera sans doute une forte influence. Elle permettra de créer le lien avec l'association Alliance citoyenne et quelques islamistes pour que la ville autorise "enfin" le port du burqini dans les piscines municipales. L'islamisme aura ainsi bénéficié d'une grande avancée et le féminisme d'un sévère recul.

Ces cas où des islamistes et pro islamistes rejoindront des listes classiques marqueront la consolidation de l'alliance construite depuis des années entre une partie de la gauche et de l'extrême droite musulmane.

L'opposition laïque n'abandonnera rien

Mais l'opposition laïque ne baissera pas les bras. Le 11 janvier prochain verra de nombreuses manifestations partout en France pour commémorer la manifestation du 11 janvier 2015. Ce sera l'occasion de nous remémorer pourquoi des gens sont morts il y a 5 ans : pour quelques traits de crayons. Ce sera une piqure de rappel pour ne pas oublier pourquoi nous luttons. Ce sera aussi le constat que, si les djihadistes n'ont pas réussi à obtenir satisfaction, les islamistes politiques y parviennent progressivement, grâce encore une fois à l'aide apportée par une partie de la gauche. J'expliquerai tout cela au Sénat.

Pour ma part, je ne lâcherai rien. 2020 sera une année encore plus active. Je serai bientôt auditionné par une commission sénatoriale sur "la radicalisation islamiste et les moyens de la combattre". Je continuerai à écrire et à donner des conférences. Je figurerai, parmi d'autres, dans un livre co-écrit notamment par plusieurs journalistes de Charlie Hebdo, "Qui veut tuer la laïcité ?". Sa sortie est prévue le 9 janvier. Cette année verra aussi mon procès contre Madjid Messaoudene qui a déposé plainte contre moi pour diffamation (2). La cagnotte en ma faveur a permis de m'offrir les services du meilleur avocat en ce domaine, Richard Malka. Peut-être aurais-je trouvé aussi cette année un éditeur pour écrire et publier un livre.

Je vous souhaite à toutes et à tous mes meilleurs vœux et, pour cette nouvelle année, une santé de fer et une grande joie de vivre. Plus que jamais, nous en aurons besoin.

Féminisme/Universalisme/Laïcité.

(1) https://www.facebook.com/hananzahouani/videos/2590756647646469/
(2) Je suis mis en examen pour diffamation : un acte politique de Madjid Messaoudene