Naëm Bestandji

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Le sexisme orientaliste mal assumé du parti communiste de Montpellier

Par Naëm Bestandji . Publié le 23 Février 2020 à 13h57

Samira Yakhlef, Marion Kissous, Maxime Michaud et Hugo Ros se sont retirés de la liste commune avec le PS en raison du rejet de leur sexisme islamiste. Photo : Midi Libre / Jean-Michel Mart (1)

Au parti communiste, on est ambivalent. Certains militants et dirigeants sont très laïques et féministes, d'autres ont une laïcité à géométrie variable et font preuve d'un certain sexisme mal assumé. En effet, les catholiques visibles au sein du parti, c'est pas bien ; les islamistes (qu'ils considèrent comme de simples musulmans opprimés), c'est bien. Cette catégorie des communistes a également une piètre image des femmes. Elle ne voit aucun problème au voilement de leurs corps sexualisés et "honteux" pour protéger le regard des hommes de l'indécente excitation provoquée par la vue des cheveux, des oreilles et du cou. Par le voile, les femmes portent la charge de la régulation de la libido masculine. Ces communistes y adhèrent.

Le voile est l'accessoire vestimentaire sexiste le plus discriminant que l'homme ait inventé. Mais une partie de la gauche reprend la rhétorique d'inversion créée par les islamistes : la défense et la promotion de cette (auto) discrimination est justifiée par la lutte contre les discriminations. Dit autrement, refuser cette (auto) discrimination serait une discrimination envers les (auto) discriminant(e)s. Cette frange de la gauche marche sur la tête. C'est sans doute pour cela qu'elle pense comme ses pieds.

Le voile est l'accessoire vestimentaire sexiste le plus discriminant que l'homme ait inventé.

Les communistes de Montpellier penchent du côté de cette frange relativiste et sexiste. Dans le cadre de leur alliance avec le candidat PS au municipal, ils ont voulu imposer une femme voilée sur la liste de campagne. Le sexisme étant si développé chez les partisans du voile, ces communistes ne voient pas le moindre problème, ni ne s'interrogent, sur l'incapacité psychologique de la possible colistière à retirer son voile lorsqu'elle représente la population. Ce fanatisme, faussement religieux mais véritablement sexiste, semble même avoir un parfum de séduction au nez de ces perdus de la gauche.
Cette candidate a si fortement intégré les discours islamistes qui font d'elle un objet sexuel, de sa tête un sexe, voué à l'enfer si elle ose montrer ses cheveux, qu'il lui est impossible de retirer son voile comme on pourrait retirer un simple foulard. Justement, la sémantique des Frères musulmans est appelée à la rescousse : le voile est présenté comme un simple "foulard". En effet, le communiqué de presse du PC utilise ce terme par euphémisme pour banaliser le voile et rendre son sexisme acceptable (2). Or, le voile n'est pas un "foulard". C'est un voile, avec toute sa charge sexiste, identitaire et politique. Brandir un tel emblème sexiste sur la tête d'une colistière montre le peu de respect que ces communistes ont pour l'égalité des sexes. Ils ne voient aucun problème à participer à la banalisation et au développement de ce sexisme islamiste qu'ils promeuvent pour "représenter la diversité", comme précisé dans leur communiqué. Une vision orientaliste et paternaliste des musulmans héritée de l'époque coloniale, avec toute la reconnaissance politique des Frères musulmans.

Le voile n'est pas un "foulard". C'est un voile, avec toute sa charge sexiste, identitaire et politique.

Seulement voilà, le candidat socialiste Michael Delafosse l'a écartée. Dans un entretien filmé, diffusé sur son compte Twitter, il déclare avoir pris cette décision par respect du principe de laïcité, en y apportant des explications. Sa position claire, ferme et salutaire est à mettre à son crédit et vient sauver l'honneur républicain d'une gauche en déshérence. Même si la laïcité est moins concernée que le sexisme. La religion sert de prétexte à faire accepter ce sexisme "choisi". Mais dans un pays comme le nôtre, encore marqué par le patriarcat, le problème du racisme basé sur le sexe est souvent secondaire au profit de la question de la place de la religion. En effet, comme toujours avec le voile, on se contorsionne dans des débats sans fin sur la laïcité en écartant ce qui est pourtant la véritable raison d'être du voile : le sexisme. Oui, de nos jours encore, le sexisme peut se négocier à l'aune du respect de la religion, plus précisément du respect de l'islamisme (car le voile n'est pas une prescription religieuse en islam, mais une obligation islamiste). Au point de vouloir politiquement et religieusement présenter ce sexisme d'un autre âge comme une forme de tolérance sur une liste électorale (un comble pour des communistes). Puis de refuser cette candidate, non pas au nom du rejet du sexisme mais du respect de la laïcité.

De nos jours encore, le sexisme peut se négocier à l'aune du respect de la religion, plus précisément du respect de l'islamisme.

Comme je ne cesse de le marteler, le sexisme du voile est bien le lien et le cœur des relations entre une partie de la gauche et de l'extrême droite musulmane. Si nous voulons réellement lutter contre l'islamisme, nous devons lutter contre le sexisme du voilement. Ce "bout de tissu" est à la fois l'arme redoutable des islamistes (si on reste sur le terrain qu'ils ont choisi, la "liberté religieuse"/ la laïcité) et son talon d'Achille (si on ramène le voile sur son véritable terrain : le sexisme).

(1) Montpellier : le foulard de la polémique pour “La gauche qui nous rassemble”
(2) [Communiqué de presse] Pourquoi nous nous sommes retirés de la liste conduite par Michaël Delafosse (PS)