Naëm Bestandji

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Une MJC de Metz héberge et fait intervenir les islamistes du CCIF

Par Naëm Bestandji . Publié le 02 Octobre 2020 à 14h34

Le Comité Contre l'Islamophobie en France (CCIF) est idéologiquement la branche juridique des Frères musulmans. Il fut créé et présidé jusqu'en 2017 par Samy Debah, un ancien militant islamiste du Tabligh. Son porte-parole puis directeur, Marwan Muhammad, assume avoir parmi ses références religieuses Tariq Ramadan, petit-fils du fondateur des Frères musulmans. Ce dernier a aussi reconnu officiellement Marwan Muhammad comme l'un de ses héritiers idéologiques. Marwan Muhammad n'est plus à la direction du CCIF. Il a co-créé la plateforme L.e.s Musulmans qui agrège des salafistes, comme Nader Abou Anas, et des Frères musulmans. Le CCIF est officiellement partenaire de cette plateforme.

Contrairement aux djihadistes qui sont dans l'action violente contre les sociétés et ont une temporalité courte, les Frères musulmans souhaitent s'investir dans la société pour la changer de l'intérieur et ont une temporalité longue. Tous les domaines doivent être investis : le religieux bien sûr, mais aussi la politique en créant leurs propres partis et/ou en faisant du lobbying auprès des élus locaux, l'économie, le sport, le caritatif, le social, l'écologie, le nerf de la guerre qu'est la jeunesse, et même le féminisme. Pour toucher la jeunesse, les islamistes créent des écoles, des centres de loisirs, du soutien scolaire, etc. Mais ils investissent aussi les structures laïques et des partis politiques traditionnels.

Un domaine échappait encore aux islamistes : l'antiracisme et la laïcité sur le plan juridique. Le CCIF vient combler ce manque. Pour y parvenir, il applique de façon magistrale la rhétorique d'inversion des Frères musulmans. Il récupère tout ce qui nous fait sens pour le retourner contre la société et la République : la laïcité, les droits humains, l'antiracisme, etc. Ainsi, le CCIF se présente comme meilleur défenseur de la laïcité que les associations laïques. Il se présente comme association antiraciste et défenseur des droits humains. Cette vitrine pour dissimuler l'arrière-cour est nécessaire pour rassurer et espérer être reconnu afin d'atteindre son graal : la création d'un délit de blasphème spécifique à l'islam. Pour cela, il va détourner un terme et marteler un double mensonge : l'islamophobie serait un racisme / l'islamophobie serait un délit.

Le CCIF, du suprématisme à la victimisation

L'islamophobie est la peur de l'islam, sa critique et sa moquerie. Une expression autant légale que l'islamophilie. Cette liberté d'expression est haïe par les intégristes de toutes les religions. La particularité de l'islamisme est de ne pas lutter frontalement contre elle mais, là encore, de se servir des outils de la démocratie pour mieux lutter contre. Le CCIF s'inscrit dans l'idéologie islamiste par sa racialisation de l'islam. Le musulman (croyant d'une religion à laquelle on choisit d'adhérer) devient le Musulman (membre d'une ethnie à laquelle on est assigné). Cela a un double avantage. Toute opposition ou tout désir individuel de s'émanciper de la "communauté" est accusé de traitrise par les islamistes. Le CCIF les appelle "néo harkis", c’est-à-dire les traitres de leur communauté. Il nomme également l'islam des Lumières "islam du réverbère".

Conférence du CCIF, Marwan Muhammad, mosquée de Vigneux, avril 2011.

Le second avantage est de développer ce qui est le cœur de leur stratégie : la victimisation. Ainsi, ils font des musulmans un peuple qui, selon le CCIF, aurait été choisi par Dieu pour être "la meilleure des communautés", "les premiers de la classe" sur l'échelle humaine, pour diriger le monde. Tout en présentant ce "peuple" comme persécuté par la jalousie et la peur des non musulmans. Nous sommes là face au même raisonnement et justification que le nazisme. D'ailleurs, les propos de Marwan Muhammad collent presque parfaitement à certains passages de Mein Kampf.

Conférence du CCIF, Marwan Muhammad, mosquée de Vigneux, avril 2011.

Mais pour que cette racialisation fonctionne, il faut que l'islamité, comme l'aryanité, soit visible comme peut l'être la couleur de peau. C'est là qu'intervient le corps des femmes. Les islamistes sont des obsédés sexuels. D'où l'importance démesurée qu'ils accordent au voilement de l'objet de tentation qu'est le corps féminins. Le voile n'est pas une pratique religieuse en islam. Il n'est pas reconnu comme accessoire religieux par nombre de musulmans. Seuls les théologiens et prédicateurs islamistes martèlent son obligation. Leur obsession sexuelle et patriarcale est si énorme qu'ils ont fait du voile l'accessoire principal de leur propagande politique de victimisation pour l'extension de leur idéologie. Le CCIF n'y déroge pas. Il utilise quasi systématiquement le sexisme du voile comme cheval de Troie, notamment sur ses affiches et sur nombre de ses interventions pour défendre "les musulmanes".

Les islamistes sont des obsédés sexuels. D'où l'importance démesurée qu'ils accordent au voilement de l'objet de tentation qu'est le corps féminin.

Le CCIF milite donc pour un islam identitaire et suprématiste, tout en cultivant le sentiment de persécution, comme tous les totalitarismes et tel que prôné par les Frères musulmans. Le fanatisme religieux de cette association "areligieuse" s'exprime par le créneau qu'elle a choisi, terrain laissé en friche par la confrérie et non encore infiltré : le juridique et l'antiracisme. Un concept lui servira d'arme sémantique : l'islamophobie.

"Islamophobie", l'arme sémantique du CCIF

Ce terme se retrouve jusque dans sa dénomination. Comme le mot l'indique, l'islamophobie est la peur irrationnelle de l'islam. A ce jour, l'islamophobie n'est pas un délit puisque la peur (qu'elle soit irrationnelle ou réfléchie), la critique ou la moquerie de l'islam relèvent de la liberté d'expression au même titre que pour les autres religions et plus largement pour toutes les idéologies. En France, nous avons le droit d'être islamophobe (avoir peur de l'islam, ne pas aimer cette religion et le dire, la critiquer et s'en moquer) tout comme nous avons le droit d'être islamophile (aimer l'islam et l'exprimer).

En France, nous avons le droit d'être islamophobe  tout comme nous avons le droit d'être islamophile.

Mais le CCIF entretient le flou entre critique de l'islam et actes/propos anti musulmans. L’intérêt est de délictualiser les critiques suscitées par la peur de l'islam (véritable sens du terme "islamophobie") et de l'islamisme, mais aussi toute autre critique du dogme, par le rétablissement du délit de blasphème. Or, la France n'est pas une théocratie et notre laïcité est un obstacle insurmontable pour les islamistes. Pour réussir à créer un délit de blasphème (réservé uniquement à l'islam), ils ont eu une idée magistrale : confondre les actes/propos anti musulmans condamnables par la loi avec le blasphème, se servir des premiers pour délictualiser le second. De plus, les islamistes se présentent comme de simples musulmans. Représentants auto-proclamés de leurs coreligionnaires, leur interprétation de l'islam est déclarée être l'islam tout court. Toute critique de leur idéologie, toute opposition, sont considérées être une attaque contre l'islam donc une attaque contre tous les musulmans. D'où l'importance de la racialisation de cette religion et de ses fidèles. Critiquer l'islam serait comme critiquer la couleur de peau, donc du racisme. Le sexisme faussement "religieux" du voile en est le meilleur exemple. Le CCIF n'a de cesse de répéter cette idée depuis des années pour marteler un mensonge : "l'islamophobie n'est pas une opinion. C'est un délit". Là encore, il souhaite surfer sur l'antiracisme en récupérant un slogan connu de tous pour le retourner : "le racisme n'est pas une opinion. C'est un délit". Déclarer que "l'islamophobie est un délit" est juridiquement faux. Mais c'est un slogan publicitaire efficace pour instiller l'idée que le CCIF serait une association antiraciste.

Bien sûr, le CCIF affirme qu'il fait la distinction. Mais dans les faits, et Marwan Muhammad l'avait aussi démontré concrètement, le CCIF fusionne bien les deux.
Pour parvenir à l'établissement d'un délit de blasphème spécifique à l'islam à travers la victimisation, le CCIF déclare dénoncer les actes anti musulmans, renommés "islamophobes". Pour cela, il a décidé d'établir des statistiques.

Les "statistiques" du CCIF

Le CCIF est le collectif islamiste qui pousse la stratégie victimaire à son paroxysme. Il a été créé pour cela. Ainsi, il peut désigner tout et n'importe quoi comme "islamophobe". En avril 2011 par exemple, Marwan Muhammad, alors porte-parole du CCIF, exprima son indignation face au "viol des femmes [musulmanes] le jour de l’Aïd". Ces violeurs "islamophobes" pourraient attendre le lendemain, par respect pour l'islam… Dans son propos, si le viol a lieu le jour de l’Aïd, ce n’est plus un crime commis sur une femme mais un acte "islamophobe" contre une musulmane.

En juin 2011, lors d'un meeting pour les primaires socialistes de Ségolène Royal à Montpellier, des militants politiques, dont des femmes voilées, avaient perturbé son discours par des cris. Ils lui reprochaient, entre autres, sa position contre l'excision, contre le sexisme du voile et d'apporter son "soutien à Israël au détriment de la Palestine", selon eux. Elle déclara peu après devant les journalistes que les "intégristes n'ont pas leur place dans la République française s'ils se comportent comme cela". Sa déclaration n'exprime en rien une peur de l'islam (islamophobie) et est encore moins anti musulmane. Elle pointait du doigt la perturbation politique de ces militant(e)s dont certaines revendications relèvent de celles habituelles des islamistes et dont les perturbatrices portaient sur leur tête le symbole féminin des Frères musulmans : le hijâb. Mais dans son rapport 2012, le CCIF inclut cet événement dans ses statistiques comme propos "islamophobes"…

Plus proche de nous, en décembre 2016, un drame eut lieu, comme il en arrive malheureusement tous les jours. Un chauffard renversa deux femmes et une fillette à Armentières. Le CCIF s’était alors saisi de l’affaire. Pourquoi une telle frénésie pour un délit routier ? Parce que les deux femmes étaient voilées. Ceci ne pouvait donc être, selon l'association, qu'un acte "islamophobe"… Absolument rien ne permettait une telle affirmation. Le CCIF ne prit aucun recul, aucune précaution avant d’avancer ce genre de théorie. Pourtant, comme toujours dans ses dérives populistes, il s’était enflammé et n’hésita pas à faire une description détaillée de la scène de la façon la plus émouvante possible, et assura qu’il accompagnera les victimes jusqu’au bout. Là encore, un délit se transforme en acte "islamophobe" parce que des musulmans sont concernés. Évidemment, les premiers éléments de l’enquête avaient bien montré que c’était uniquement un délit routier avec délit de fuite. La justice confirma cette évidence en janvier 2018 et rejeta tout soupçon d'acte anti musulman (seuls les actes et propos anti musulmans sont condamnables par la loi. L'islamophobie n'est pas un délit, contrairement à ce qu'affirme la propagande du CCIF).

Le responsable de l'antenne du CCIF dans le Nord-Pas-De-Calais qui qualifia ce délit routier d'acte "islamophobe" est Jawad Bachare. Il a été promu directeur du CCIF, succédant ainsi à Marwan Muhammad.

Force est de reconnaître au CCIF une grande capacité d'imagination pour transformer des délits ou crimes, qui n'ont rien à voir avec l'islam, en actes "islamophobes". Du viol le jour de l'Aïd au délit routier en passant par Ségolène Royal, le CCIF inclut tout cela dans ses "statistiques", comme on peut le voir dans ses "rapports annuels sur l’islamophobie en France". Les actes réellement anti-musulmans qui y sont aussi répertoriés (qui existent et qu'il faut punir) côtoient ainsi des situations purement fantaisistes ou infondées.

Dans ces conditions, face aux critiques sur le peu de sérieux de ces fausses statistiques, les rapports du CCIF depuis 2013 ne fournissent plus la liste détaillée des "actes islamophobes".

Le CCIF distingue "eux" et "nous"

Cette racialisation de l'islam et des musulmans tant désirée par le CCIF l'amène à vouloir cliver le pays. Pour cela, il tente de créer une fracture identitaire entre les français musulmans et le reste de la société, et en suscitant la peur de l'islam (islamophobie) chez les autres citoyens. C'est le principe du pompier-pyromane. L'association divise alors les individus entre "eux" (les "français") et "nous" (les musulmans). Comme tous les islamistes, elle justifie ce clivage auprès de son public en diabolisant le "mode de vie tel qu'il est pratiqué ici" (en France) et en valorisant l'islam transformé en identité pour se protéger du mode de vie français qui serait dépravé. Là encore, le corps des femmes est son support. Pour illustrer son propos, il reprend un exemple grotesque qui circule depuis des années dans les milieux islamistes : la femme française qui se mettrait nue pour vendre du yaourt (1). Bref, cette association "apolitique, areligieuse, antiraciste" et faussement rassembleuse est le fleuron de la nouvelle extrême droite française, le pendant islamiste de "Génération identitaire".

Conférence du CCIF, Marwan Muhammad, mosquée de Vigneux, avril 2011.

Le CCIF n'a absolument rien d'une association antiraciste. Elle est une association d'extrême droite religieuse. Si, pour les besoins de sa vitrine elle montre un visage rassurant et s'attribue une fausse étiquette de défense des droits humains, elle n'hésite pas, dans l'arrière-cour, à s'afficher et à revendiquer le soutien de prédicateurs salafistes et Frères Musulmans antisémites, homophobes et ultra sexistes (2). Cette dichotomie est une méthode politique fondamentale des Frères musulmans lorsque leurs coreligionnaires sont minoritaires dans des pays démocratiques. Appartenant à la frange extrémiste de l'islam, le CCIF ne soutient donc et n'est soutenu par aucun musulman progressiste.

En août 2020, l'association a enfin reconnu un de ses objectifs dont la victimisation est le moyen : le communautarisme. Aller vers une République fragmentée, divisée, où la religion serait l'identité première d'une partie de ses citoyens pour faire des Français musulmans des citoyens à part. J'écris depuis des années pour alerter, par mes analyses dans de longs articles, sur les dangers de cette association islamiste. Et là, en un tweet, le CCIF avoue (presque) tout. Dans un seul message, il montre à la fois le moyen (la victimisation à outrance jusqu'à l'indécence) et le but (distinguer les musulmans des autres Français et les communautariser).

Le CCIF reconnait son désir communautariste

Toutes ses récupérations, ces dernières années, des termes comme "vivre ensemble", "laïcité", etc., pour les détourner et les retourner par sa rhétorique d'inversion, tombent à l'eau grâce à un seul tweet. Jusque-là, sa communication officielle était plus ou moins bien maîtrisée pour montrer une vitrine acceptable. Mais, par ce tweet, ce trop grand franc-parler laisse entrevoir une partie de son arrière-cour au grand public. De plus, nous étions à quelques semaines de connaitre le contenu de la loi contre le séparatisme. Pour le CCIF, le timing d'une telle erreur de communication ne pouvait pas être pire. Sa sincérité est tout autant inédite que "touchante". Mais cela a un prix. J'espère que la République saura lui présenter la facture. En plus de mes écrits, avec ce tweet : toutes les associations et les personnes qui fricotent avec le CCIF ne pourront plus dire qu'elles ne savaient pas.

La MJC des 4 Bornes, relaie de l'islamisme politique

Mais la réalité du CCIF n'intéresse pas non plus nombre d'associations de gauche ni certaines organisations internationales. La vitrine qu'elle affiche est trop séduisante pour certains. Le CCIF correspond à leur image orientaliste et stéréotypée de l'islam et des musulmans qui les voient comme des Êtres différents, reconnaissables physiquement (surtout par le sexisme du voile) et d'éternelles victimes. Ce regard est hérité de l'époque coloniale. Loin d'avoir abandonné cette vision paternaliste et exotique des musulmans, ils l'entérinent pour cultiver un sentiment de culpabilité labouré par les islamistes. Cette vision orientaliste fait des musulmanes des femmes voilées par définition. Le voile est considéré comme un accessoire vestimentaire religieux. Sa raison d'être sexiste et politique, sa prescription faite uniquement par les intégristes, passent à la trappe pour appliquer une complaisance accordée à aucune autre forme de sexisme ni aucun autre intégrisme religieux.

Les semailles ont pris du temps. La patience est une vertu que l'islamisme politique cultive. Les champs de naïveté d'une partie de la gauche sont fertiles. La récolte est, depuis plusieurs années, abondante. Un des derniers exemples en date est celui de la MJC des 4 bornes à Metz. Elle accueillera le 4 octobre 2020 les islamistes du CCIF pour une "formation d'auto défense contre l'islamophobie".

Le CCIF intervient à la MJC des 4 Bornes

Son affiche montre toujours le sexisme du voile en illustration pour le banaliser et instiller l'idée que musulmane = femme voilée pour poursuivre la pression sur les musulmanes qui résistent encore au voilement. Le point de vue islamiste du CCIF sur la laïcité sera aussi promu. La MJC aurait pu faire appel à une association laïque comme l'UFAL ou, au pire, à l'Observatoire de la laïcité. Pour lutter contre les discriminations, elle aurait pu faire appel à SOS Racisme ou la Licra. Mais non. Pour les deux thèmes, la MJC des 4 bornes fait appel à une association d'extrême droite religieuse issue des Frères musulmans pour sensibiliser les jeunes. Pourquoi ? Parce qu'elle héberge dans ses locaux, financés par des deniers publics, l'antenne du CCIF en Moselle.

La MJC des 4 Bornes héberge le CCIF

La MJC le justifie en expliquant qu'ils "partagent une certaine idée des loisirs, empreinte de lien social et de convivialité." Oui, l'intégrisme religieux passe mieux avec le sourire. Sur la page Facebook de la MJC, Le directeur de l'établissement assume en affirmant "partager ses valeurs" avec le CCIF. Les financeurs de la MJC que sont, entre autres, la CAF et la mairie de Metz (donc les contribuables), sont-ils informés ? Ont-ils donné leur aval ?

Loin de lutter contre le séparatisme, cette MJC ouvre une nouvelle porte à l'islamisme politique, à son sexisme, et participe à leur expansion, avec le soutien financier des pouvoirs publics. La stratégie du CCIF est bien la bonne.