Naëm Bestandji

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L'Élysée fait appel au populiste Yassine Belattar pour réfléchir à la politique de la ville

Par Naëm Bestandji . Publié le 16 Mars 2018 à 19h47

Source : lemuslimpost.com

Yassine Belattar, animateur radio et humoriste, aurait été sollicité par l’Élysée pour intégrer le Conseil présidentiel des villes. Ce Conseil aurait vocation à "rassembler des personnes issues des quartiers populaires, de tout âge, de tout profil et animées par un engagement et reconnues pour leur expertise". Elles "seront chargées de nourrir la réflexion du président de la République sur la politique de la ville".

Le choix de Yassine Belattar pose question. Son amitié avec le Président de la République mise à part, rien ne peut justifier une telle sollicitation. Il n'a aucune compétence en la matière, en dehors de ses vociférations pour prendre la défense "des musulmans". Pire encore, au-delà de son attitude agressive et insultante sur les réseaux sociaux qui donne une piètre image de ce qu'il prétend défendre, sa vision de l'islam montre, pour le coup, un vrai engagement pour les intégristes.

Il déclare pourtant qu'"il n'y a pas d'islam politique en France" et qu'il n'est pas proche des Frères Musulmans. On peut y trouver une logique. Si l'islamisme politique n'existe pas en France, alors les Frères Musulmans n'existent pas en France. En réalité, il adopte la vision de l'islam des Frères Musulmans et n'y voit que l'islam tout court.

Yassine Belattar fait son "coming out" idéologique dans "Salut les terriens"

Revenons sur un évènement pour nous éclairer. Le 11 mars 2017, "Salut les terriens" (C8) consacra une partie de l’émission à un débat sur l’islamisme : "Islamisme : avons-nous été trop bisounours ?" (1) Cela n’a pas du tout plu à Yassine Belattar qui inclut les islamistes dans l’ensemble des musulmans. Il a alors tweeté : Ardisson n’aime pas les musulmans. Bravo #SLT. Débat sordide, j’ai honte. Faire de l’audience en caressant le FN.

Yassine Belattar exprime par un tweet son opinion sur l'émission Salut Les Terriens.

Il va encore plus loin sur sa page Facebook en accusant Thierry Ardisson d’être une "chemise brune" (couleur d'uniforme de l'organisation paramilitaire du parti nazi). Face à une telle agressivité, l’animateur de l’émission l’invita à s’exprimer sur le plateau la semaine suivante.

Effectivement présent dans l'émission du 18 mars 2017 (2), Yassine Belattar y déclara qu’il y aurait plus de 7 millions de musulmans en France. Pourquoi pas 12 millions ou même 20 millions ? Soyons fous ! Un chiffre fantaisiste sorti d’on ne sait où, typique des populistes. Il expliqua également, la mine grave, qu’il n'y a pas de modération dans la religion. On est musulman ou on ne l'est pas. Les modérés seront ravis d’apprendre qu'eux-mêmes, les Frères musulmans ou les wahhabites, c’est la même chose. Les islamistes politiques seraient de simples musulmans incompris. Lutter contre l'intégrisme serait alors une lutte contre tous les musulmans... Donc de "l'islamophobie". CQFD. Tout comme le CCIF et l’ensemble des islamistes, il accuse toute critique de l’intégrisme musulman ou de l’islam comme étant raciste et fasciste, tout en prétendant qu’il n’a aucun problème avec la critique. Et les jihadistes ? Ils ne sont pas musulmans selon lui.

Pour Yassine Belattar, les islamistes politiques seraient de simples musulmans incompris. Lutter contre l'intégrisme serait alors une lutte contre tous les musulmans.

Sa confusion entre vision politique de la religion et degré de la pratique religieuse

Alors il posa une question sous forme de boutade : c’est quoi un musulman modéré ? C’est un mec qui fait pas 5 prières par jour, il en fait 2 et demi ? Et bien non. Je sais que ce n’est pas facile à comprendre, pour un pro islamiste qui estime que la modération est une sorte de renoncement à sa pratique religieuse. La modération ne se mesure pas au degré de la pratique du culte mais à son approche. Un musulman modéré considère que la religion ne se porte pas sur la tête avec un voile ou des vêtements masculins souhaitant imiter les bédouins salafis, car l’islam n’est pas une mode et relève de l’intime. Un musulman modéré considère que la religion s'exprime pleinement à la maison et à la mosquée. Un musulman modéré considère son pays et ses lois supérieurs à la Oumma et aux lois religieuses. Un musulman modéré se sentira autant concerné par les drames tibétains et d’ailleurs que par celui des Palestiniens. Un musulman modéré considère le voile comme un manque de respect envers les femmes, mais aussi un manque de respect envers l’islam et son Prophète car il estime que ce sexisme est contraire à sa religion. Un musulman modéré ne mesurera pas la pudeur d’une femme aux centimètres carrés d’un morceau de tissu sur la tête et en se servant, en plus, de la religion comme prétexte ; la pudeur relevant de son langage, de son attitude et concerne garçons et filles exactement de la même façon ; dire "wallah, Haqq Rabbî, la Mecque" toutes les cinq minutes est bien plus impudique que trois mèches de cheveux au vent. Un musulman modéré ne se sent donc pas visé par les lois de 2004 (sur les signes religieux à l’école) et 2010 (sur le voile intégral). Il les considère même comme parfaitement justifiées. Un musulman modéré ne se sent pas insulté par les caricatures d’intégristes ou même du Prophète. Ce serait de l’idolâtrie, ce qui est un pêché en islam. Seul Dieu peut être adoré et vénéré ; tout en sachant également que la liberté d’expression est un bien précieux qui ne doit jamais être remis en question au nom du sacré. Enfin, un musulman modéré regrette la "salafisation" de sa religion et en souhaite ardemment une réforme progressiste. Contrairement aux intégristes, il interprète ses textes sacrés dans leur esprit, non pas à la lettre. En résumé, un musulman modéré considère l’idéologie défendue par Yassine Belattar et de ses partenaires islamistes comme néfaste pour sa religion, au-delà des problèmes qu’ils causent à la République.

La modération ne se mesure pas au degré de la pratique du culte mais à son approche.

Avec un tel discours et une telle vision de l'islam, l’animateur-humoriste favorise la peur envers cette religion et pénalise un peu plus l'ensemble des musulmans. Comble du cynisme, il demande à ce que les animateurs soient "pédagogues". Il se demande aussi comment les animateurs donnent la parole à des gens qui ont capté, renforcé voire démocratisé une parole qui a des conséquences dans la vie de tous les jours. C'est à dire une parole qui fait le jeu du FN. En parlant de ces "gens", il ne se rend pas compte qu'il parle de lui-même.

Par ses propos populistes inspirés de l'islamisme politique, Yassine Belattar est l'incarnation de tout ce dont a besoin le FN pour progresser. Il fit exactement ce qu’il reproche aux autres : donner un coup de pouce supplémentaire à Marine Le Pen. Cette façon de voir les choses en inversant les rôles, en accusant toute opposition à l’islamisme d’être un acte d’opposition nazi aux musulmans, cette tendance si naturelle à renforcer le FN en croyant s’en protéger, est exactement la même attitude que celles des islamistes.

Yassine Belattar et le CCIF

Sa rhétorique victimaire et culpabilisante ne sort pas de nulle part. Il assura par exemple en 2015 l’animation de la soirée de gala du CCIF, idéologiquement la branche juridique des Frères Musulmans en France. Soutenir et assurer la promotion d’une association d’extrême droite pour ensuite faire la leçon à autrui sur les risques de la montée du FN, cela doit être son humour. Plus fort encore : qualifier Thierry Ardisson de nazi, même Marwan Muhammad (représentant médiatique du CCIF) n'aurait pas osé.

Yassine Belattar annonce sur Twitter qu'il animera le dîner de gala du CCIF.

Yassine Belattar anime le gala du CCIF, 29 mai 2015.Dîner de gala du CCIF, 29 mai 2015.

Yassine Bellatar apprécie aussi Tariq Ramadan. Au point d'animer lors de ce gala la mise aux enchères dans la joie et la bonne humeur d'un déjeuner avec le prédicateur, qu'il présenta comme le "George Clooney des musulmans". Comme tout intégriste, Tariq Ramadan est complotiste (il voit des complots j... sionistes partout), homophobe, sexiste, fervent partisan du port du voile et de la non mixité dans certains lieux comme les piscines. Nul ne pouvait ignorer cela lors de cette mise aux enchères, surtout pas Yassine Bellatar. Voilà la personne avec qui l'humoriste proposait de déjeuner moyennant finance pour contribuer au développement d'un collectif islamiste…

Le relativisme de Yassine Belattar par reflexe identitaire

Posons-nous la question suivante : si un animateur télé-humoriste "blanc" (pour reprendre le déterminisme des néoracistes) au nom bien franchouillard affirmait sa vision intégriste de la religion et la faisait passer pour le véritable catholicisme, s’il mettait régulièrement en avant ses convictions religieuses et en faisait un outil politique, s’il se définissait constamment comme chrétien plutôt que de le garder dans son intimité, s’il ne voyait aucun problème à défendre le sexisme (par le voile ou autre) en arguant Jésus ou les Épîtres aux Corinthiens de Saint-Paul plutôt que l'unversalisme, s’il accusait de blasphémateur (équivalent de "islamophobe") ou de raciste toute personne critique envers son idéologie, comment réagirions-nous ? L'Élysée ferait-il appel à un tel personnage pour l'intégrer à un Conseil présidentiel des territoires ruraux ?

Pourtant, cela n’empêche pas certains politiques de faire preuve d’aveuglement, voire de complaisance. Le 29 mars 2017, lors de la campagne pour les élections présidentielles, Yassine Belattar fut invité comme "comédien engagé" à un meeting d’En Marche sur le thème du… populisme. Le mouvement d’Emmanuel Macron invita un populiste (pardon, un "comédien engagé") pour parler de populisme. Il aurait pu inviter une figure plus crédible plutôt qu'un identitaire pro islamiste dont la seule légitimité est sa lumière médiatique par ses activités télévisuelles et d'humoriste. Pourquoi ne pas avoir aussi invité un identitaire d'en face ?

Yassine Belattar invité d'un meeting d'En Marche sur le thème du... populisme.

Le mouvement d’Emmanuel Macron invita un populiste pour parler de populisme.

Seuls les liens personnels et politiques que Yassine Belattar a tissés avec LERM, en y ajoutant l'espoir d'un coup de communication pour séduire les "banlieues", expliqueraient qu'il ait été sollicité pour intégrer le Conseil présidentiel des villes, certainement pas ses compétences et encore moins ses convictions.

(1) Salut les terriens, Islamisme : avons-nous été trop bisounours ?
(2) Salut les terriens, La battle des idées : Yassine Belattar

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