Naëm Bestandji

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Islamistophilie et sexisme "religieux" à gauche : halte à l'aveuglement, à la complicité (1ère partie)

Par Naëm Bestandji . Publié le 08 Octobre 2019 à 15h38

Un "collectif d'élus et d'acteurs associatifs" a publié une tribune dans Libération le 4 octobre 2019 : "Islamophobie à gauche : halte à l’aveuglement, au déni, à la complicité" (1). "L'islamophobie" serait un racisme. L'élément déclencheur de cette tribune furent les propos d'Henri Peña Ruiz sur ce terme lors des universités d’été de La France insoumise en août 2019. Violemment attaqué le jour même et les jours suivants par des partisans de la lutte contre "l'islamophobie", l'intellectuel a alors reçu le soutien de toute une partie de la gauche, dont une bonne partie de la France Insoumise. Pour les rédacteurs de cette tribune, ce soutien est insupportable.

L'incohérence et l'inversion des rôles de cette tribune s'illustrent dès le titre. L'aveuglement et la complicité sont du côté de ceux qui veulent faire de l'islamophobie (la critique et/ou le rejet d'une idéologie religieuse), une forme de racisme. Ils sont les partenaires de lutte de l'islamisme politique.

En démocratie, l'islamophobie et l'islamophilie sont des opinions légales

L'islamophobie est la peur de l'islam. L'exprimer, critiquer, déclarer ne pas aimer cette religion, la caricaturer ou s'en moquer relève de la liberté d'expression, tout comme l'islamophilie. Or, pour une partie des musulmans et de la population, seule l'islamophilie aurait droit de cité. Créer des sites internet, des pages Facebook et des comptes Twitter à la gloire de l'islam, déclarer que c'est une religion de paix et d'amour, twitter toute la journée des versets du Coran, professer constamment les "bienfaits" du voile pour amener au "libre choix", ne posent pas de problèmes aux commerçants religieux ni à leurs soutiens. En tant que démocrate et militant laïque, je n'y vois aucun problème non plus. Leur liberté d'expression est garantie par les lois républicaines.

En revanche, l'islamophobie est condamnée par ces mêmes commerçants et soutiens. Déclarer que l'islam est une religion de haine et belliciste, dénoncer les versets violents envers les femmes et les non musulmans, le sexisme du voile, se moquer de l'islam et caricaturer le Prophète devraient être un délit puni par la loi, selon eux. Ces personnes sont anti démocrates par définition.

Toute idéologie politique, philosophique, religieuse est soumise aux mêmes règles de critique que les autres. Les religions sont tout autant soumises à la critique et à la moquerie que le capitalisme, le communisme, un film, un roman, une chanson, une émission culinaire ou Picsou magazine. En démocratie laïque, Moïse, Jésus et Mohamed ne sont pas plus sacrés que Batman, Harry Potter, Jules César ou Napoléon. Mais pour les partisans du terme "islamophobie", l'islam devrait avoir un statut particulier, un privilège d'intouchabilité. Tout obstacle à l'expression de cette religion, même à ses dérives, serait un délit "d'islamophobie". Mais pour la délictualiser, il faut en détourner la définition pour en faire une forme de racisme. On transforme alors l'islam en race, génétiquement incluse en chaque musulman "de naissance". Le musulman, fidèle d'une religion censée être choisie, devient le Musulman, membre assigné à un peuple imaginaire. Là est le racisme.

Ainsi, toute critique ou moquerie du dogme est déclarée être une attaque contre les croyants. De plus, les intégristes musulmans seraient des musulmans lambda. Toute critique de l'islamisme devient alors une attaque contre l'ensemble des musulmans, donc de "l'islamophobie", donc du racisme... même si ces critiques et moqueries émanent d'autres musulmans. Dans les pays musulmans, le terme "islamophobie" n'est pas utilisé. On use d'expressions équivalentes : "atteinte à la religion", "blasphème" voire "apostasie" (rejeter l'extrémisme serait, pour certains, rejeter l'islam tout court).

Racialisation de l'islam : toute critique ou moquerie du dogme est déclarée être une attaque contre les croyants. Toute critique de l'islamisme est considérée comme une attaque envers l'ensemble des musulmans, donc de "l'islamophobie", donc du racisme.

La critique/rejet d'une idéologie religieuse n'est donc ni un racisme ni un délit, contrairement à ce qu'affirme cette tribune. C'est pour cela que le terme "islamophobie" n'est mentionné nulle part dans le code pénal.

Le Collectif Contre l'Islamophobie en France (CCIF), idéologiquement la branche juridique des Frères musulmans, lutte depuis sa création pour faire de "l'islamophobie" un délit. Voici la démonstration de son désir de créer un délit de blasphème envers l'islam tout en affirmant n'avoir aucun problème avec la critique de l'islam.

S'opposer aux offensives politiques et sexistes de l'islamisme serait "islamophobe"

La tribune revient sur la loi de 2004 sur les signes religieux à l'école, les accompagnatrices voilées de sorties scolaires (qui seraient de simples "mamans" selon les auteurs), le burqini, etc. Tout ceci serait la preuve, selon eux, d'un "engrenage islamophobe". C'est une des mises en pratique du terme "islamophobie" qui confond volontairement blasphème/critique/rejet d'une idéologie religieuse avec l'hostilité envers des individus. Pire encore, la tribune adopte la rhétorique d'inversion des Frères musulmans : il n'y a jamais eu d'affaire de "voile catholique" à l'école, pas le moindre textile sexiste catholique qui serait l'équivalent du burqini, aucune maman intégriste chrétienne qui a souhaité accompagner une sortie scolaire avec une énorme croix sur la tête ou la poitrine (puisque les islamistes prétendent que le voile serait religieux) ou bien un père accompagnateur portant un tee-shirt floqué de "une femme décente et pudique doit cacher ses cheveux pour ne pas m'exciter" (puisque c'est la fonction réelle du voile). La totalité de ces affaires a été lancée par des intégristes musulman(e)s pour tester et faire reculer la République. L'école ou les piscines ne sont pas allées les chercher pour les "stigmatiser". Leur argument "c'est toujours les musulmans qui sont visés" aurait pu être valable si des intégristes d'autres religions menaient le même type d'actions et d'entrisme et que seuls les intégristes musulmans étaient dénoncés. Mais ce n'est pas le cas. Ils sont les seuls à agir ainsi et ont ensuite beau jeu de dire qu'ils sont toujours visés face au refus de leur accorder ce qui est refusé aux autres.

Depuis la naissance de l'islamisme contemporain au début du XXe siècle, le sexisme du voile est le bouclier identitaire et le cheval de Troie politique de l'islamisme. Depuis 1989 en France, les militants "professionnels" sont soit à la manœuvre soit en soutien d'actions menées par des fanatiques locaux. Tout est bon à prendre pour faire politiquement avancer leur idéologie, y compris le burqini non reconnu par une bonne part des islamistes. Pourtant, voici ce que dit la tribune : "Cela n’a rien à voir – ce serait vraiment mal nous connaître – avec une quelconque envie d’immunité offerte aux dérives et prétentions d’ingérences politique et morale des religions. Rien à voir non plus avec une quelconque volonté d’interdire le blasphème ou de remettre en cause la laïcité". Ignorance ou complicité consciente ?

La macabre instrumentalisation de l'attentat à Christchurch

Voici un autre passage de la tribune : "L’islamophobie peut devenir meurtrière, à l’image de la tuerie de Christchurch, en Nouvelle-Zélande. Tuerie dont l’auteur a été inspiré par l’ultra-droite française identitaire." Les islamistes jouent depuis toujours sur la fibre victimaire. Ce drame et l'émoi suscités furent une aubaine (2). Ils attendaient un tel drame humain pour justifier l'établissement du délit de blasphème envers l'islam au niveau mondial en amalgamant critique d'une idéologie et actes contre des individus. Les islamistes français s'agitèrent donc dès le début. Leur réaction face à un attentat qui a eu lieu à 20 000 km de chez nous contraste avec leur mollesse et déclarations de circonstance lors des multiples attentats islamistes sur notre sol. Exactement comme les auteurs et signataires de cette tribune.

Les idées sur lesquelles s'était appuyé le terroriste de Christchurch sont éminemment détestables, comme celles des islamistes. Il y a toutefois une nuance de taille : aucun des écrits d'extrême droite française qui ont nourri ce terroriste n'ont appelé à tuer des musulmans, contrairement aux djihadistes qui s'appuient sur leurs interprétations littéralistes du Coran pour justifier leurs actes. La malhonnêteté intellectuelle des soutiens aux islamistes politiques va jusqu'à ignorer ce fait pour tenter de lier les théories nauséabondes d'extrême droite aux actes du terroriste de Christchurch tout en dédouanant les liens réels entre l'idéologie inspirée du Coran et les actes des seconds partout à travers le monde.

Leur réaction face à un attentat qui a eu lieu à 20 000 km de chez nous contraste avec leur mollesse et déclarations de circonstance lors des multiples attentats islamistes sur notre sol.

Contrairement au djihadisme, l'islamophobie ne tue pas. Aucun musulman n'a été égorgé, assassiné à la mitraillette ou poignardé par le bras armé de "l'islamophobie". Par contre, des dizaines de personnes, y compris des musulmans, ont été tuées par égorgement, par balles, par coups de couteaux ou par écrasement. Des actes commis par le bras armé de l'islamisme djihadiste qui préconise cela.
Quant à Chrischurch, ce n'est pas l'islamophobie qui a tué mais la haine envers les musulmans. C'est cette nuance que refusent d'appliquer les partisans du terme "islamophobie". Les nombreux attentats et assassinats commis par les Brigades rouges (organisation terroriste d'extrême gauche italienne) ont souvent ciblé des capitalistes. L'anti capitalisme serait donc responsable ? Aurait-il fallu créer un délit de "capitalismophobie" ? Encore une fois, l'hostilité envers une idéologie ne peut être fusionnée avec l'hostilité envers les individus. Lorsque le premier sert de prétexte au second, les lois existantes sont suffisantes pour condamner les responsables. Si on souhaite délictualiser le premier pour prétendre empêcher le second, on quitte la démocratie pour entrer en théocratie.

Un des passages les plus révélateurs de l'incohérence et de la faiblesse intellectuelle de cette tribune est ici : "la lutte contre le sexisme, l’homophobie, le racisme sous toutes ses formes, incluant la lutte contre l’islamophobie ne se négocie pas, ne peut être ignorée, et se doit d’être au cœur de tout projet politique."
L'islamisme politique est soutenu sur le terrain par certains des auteurs et signataires de cet appel. Par leur désir d'établir un délit de blasphème envers l'islam, tous soutiennent l'islamisme. Une idéologie par essence sexiste (le voile en est le symbole le plus flagrant), homophobe et raciste. Mais cela devrait être gommé sous prétexte de défendre des "opprimés". La liste des premiers signataires, sollicités pour signer et, peut-être, ayant participé à la rédaction de cette tribune, montre cette convergence des luttes habituelles entre une partie de l'extrême gauche et une partie de l'extrême droite musulmane, à commencer par un homophobe.

Les deux parties suivantes de cet article aborderont leur profil. Ils sont les exemples types de ce qui unit ces extrémistes, affichant un vernis de gauche sur un fond d'extrême droite religieuse, pour imposer un délit de blasphème spécifique à l'islam : "l'islamophobie".

Lien vers le 2ème partie

(1) Islamophobie à gauche : halte à l’aveuglement, au déni, à la complicité
(2) L'attentat à Christchurch, outil tant attendu par les islamistes pour sanctionner les atteintes à l'islam ("islamophobie")

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