Naëm Bestandji

Féminisme / Universalisme / Laïcité

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Le Parti Communiste héberge le sexisme islamiste d’Alliance Citoyenne (2/2)

Par Naëm Bestandji . Publié le 04 Août 2021 à 13h22

1ère partie

Depuis l’été 2020, Alliance Citoyenne est hébergée par le Parti Communiste de l’Isère. Plus précisément, elle s’est installée dans les locaux d’une SCI, La Dauphinoise, propriété du Parti Communiste. Pour répondre à ma révélation, le secrétaire départemental du PCF de l’Isère publia une vidéo agressive et verbalement violente. Son objectif était de détourner l’attention en s’en prenant à ma personne.

Ignorance et légèreté d’une grande frange du Parti Communiste envers l’islamisme

Dans sa vidéo, préparée avec Alliance Citoyenne, le secrétaire du PCF 38 me nomme « Benstandji », comme l’association l’avait fait en 2019. Son manque de rigueur, au point de ne même pas vérifier mon nom, ne serait qu’un détail s’il n’ouvrait pas la voie au reste de sa prestation. Il déclare que j’aurai [accusé] le PCF de l’Isère de soutien à l’islamisme radical. Cette énième légèreté intellectuelle montre son absence de rigueur et de connaissances. Je n’ai jamais utilisé l’expression « islamisme radical ». Je l’ai même toujours dénoncée car c’est un pléonasme (l’islamisme est par définition radical) et laisse de plus sous-entendre qu’il existerait un « islamisme modéré » donc acceptable. Ne pas être capable de reprendre mes propos, confondre « islamisme politique » et « islamisme radical », pour un responsable politique qui prétend lutter contre l’obscurantisme, est assez inquiétant. Cela serait un début d’explication à son acceptation d’avoir pour « colocataire » Alliance Citoyenne et à la virulence de sa vidéo.

L'émancipation des individus, le progressisme et la lutte pour l'égalité des sexes sont reniés, remplacés par le désir d'« inclusivité » du sexisme islamiste, de l'assignation religieuse extrémiste et patriarcale.

Le Parti Communiste est traversé par cette dichotomie qui ne lui est pas exclusive au sein de la gauche. Cette dernière est partagée entre une approche laïque, féministe et universaliste d'un côté et, de l'autre, une approche relativiste, accommodante et « inclusive » qui permet de reléguer le féminisme au second plan et de plier la laïcité en quatre. Cette « inclusivité » est une fausse tolérance mais une vraie auto-flagellation pour se laver d'une tâche coloniale que cette frange de la gauche veut en même temps conserver comme un stigmate. Le paradoxe est que cette démarche adopte la vision orientaliste et coloniale des musulmans en considérant l'islamisme comme l'islam tout court, son militantisme comme une simple piété et le sexisme du voile comme une pratique religieuse (ce qui n'est pas le cas en Islam). Cette « inclusivité » vise donc à s'assoir sur les valeurs de gauche pour accueillir l’extrême droite musulmane et son corollaire sexiste. L'émancipation des individus, le progressisme et la lutte pour l'égalité des sexes sont reniés, remplacés par le désir d'« inclusivité » du sexisme islamiste, de l'assignation religieuse extrémiste et patriarcale. Ainsi, la prétention de Jérémie Giono à lutter contre « la montée de l’islamisme » n’est que de pure forme. Le PCF de l’Isère reflète le parti au niveau national.

Le Parti Communiste a participé à la « manifestation de la honte » voulue par l’islamisme politique

Le 7 novembre 2019, le PCF de Grenoble appelle à rejoindre la manifestation qui se déroulera trois jours plus tard pour « dire STOP à l'islamophobie ! » (2). Quelques propos sont justes et sa volonté louable. Le problème est que, comme souvent, il soutient ce qu'il prétend combattre. Ce n'est pas un double discours. C'est de l'ignorance. Une ignorance notamment due à une grille de lecture créée pour se défendre contre les offensives de l'Église catholique, et totalement inadaptée pour comprendre et repérer l'islamisme politique. Cette ignorance n'est pas une excuse. D'autres à gauche, y compris au sein même du Parti Communiste, n'ignorent rien. Et s'il leur manque des éléments de compréhension, ils font la démarche d'aller les chercher. Ainsi, non seulement cette ignorance n'excuse rien, mais elle est même une faute politique. Une faute qui se concrétise en appelant à rejoindre une manifestation qui était à l'initiative du CCIF, co-organisée par lui et par d'autres militants islamistes. J'avais longuement écrit, en détail, qui en est à l'initiative et pourquoi. Cette manifestation était prévue bien avant l'attentat contre la mosquée à Toulouse. Mais l'attentat a servi de catalyseur, et surtout de prétexte, pour que des organisations de gauche justifient leur présence. La France Insoumise est le cas le plus emblématique. Mais le PCF joue le même rôle, avec les mêmes fractures en interne.

Ainsi, pour lui donner plus d'ampleur, les islamistes ont voulu associer des organisations non-musulmanes à la préparation. Les seuls à être séduits se trouvent à gauche. Mais pas toute la gauche. La gauche racialiste et relativiste. Une gauche identitaire qui fait de l'islam une race et des musulmans les membres d'une ethnie. C'est ainsi que le NPA, l'UNEF mais également l’Union communiste libertaire (UCL) ont rejoint les islamistes pour initier l'appel à manifester. Cela permettait de donner plus de résonnance et ne pas rester dans un entre soi islamiste.

Le PCF national fut représenté par son porte-parole, Ian Brossat. La participation du PCF, comme celle d'autres forces de gauche, a amplifié et crédibilisé une marche islamiste. Elle a été un coup de marteau pour mieux enfoncer l'intégrisme musulman dans les quartiers populaires. Elle a aussi été un formidable appel d'air pour l'extrême droite nationaliste. Car, il faut s'en souvenir, le RN n'a rien dit sur le moment. Pas un communiqué officiel, aucune trace d'une déclaration publique d'une tête d'affiche de ce parti. Pourquoi ? Parce que cette frange de la gauche a fait le travail. En manifestant aux côtés d'islamistes qui avaient déjà annoncé la couleur dans leur appel en s'opposant frontalement aux lois de mars 2004 et de 2010 qu'ils considèrent comme « liberticides », en ayant répondu à leur appel avec les dérives que cela pouvait occasionner (et qui se sont concrétisées par des étoiles jaunes et des « allahou akbar »), cette manifestation n'a servi à rien d'autres qu'à effrayer une partie de la population et accentuer encore plus la peur de l'islam et la méfiance envers les musulmans. Le RN n'eut rien à faire, à part ramasser ce que les participants à cette manifestation déposèrent à ses pieds.
Le PCF participera-t-il à une manifestation préparée par Civitas  et les Lefebvristes pour dénoncer les actes anti chrétiens (bien plus nombreux que les actes anti musulmans) ?

Le PCF national fut représenté par son porte-parole, Ian Brossat. La participation du PCF, comme celle d'autres forces de gauche, a amplifié et crédibilisé une marche islamiste.

Cette manifestation du 10 novembre 2019 intégrait aussi, dans sa préparation et par un très grand nombre de manifestants, des racialistes, des identitaires « Arabes »/musulmans comme Taha Bouhafs. Certains des organisateurs avaient participé et soutenu le camp d'été décolonial dont des ateliers s'étaient déroulés en « non mixité raciale ». Ces alliances et partenariats se retrouvent justement au sein d'Alliance citoyenne. Mon autre article qui a aussi fait réagir négativement le PCF de l'Isère relate justement l'invitation d'Alliance citoyenne à Sihame Assbague, principale organisatrice de ce camp d'été décolonial.

Tous les communistes ne sont pas d'accord avec cette dérive. Marie-Georges Buffet en est un exemple. Elle a su regarder le sujet en face. Elle qui fut naïve sur ces questions, est aujourd'hui ferme contre l'islamisme. Elle ne cautionne pas le sexisme du voilement. Elle a refusé de manifester le 10 novembre 2019.

A l’inverse du PCF 38, des militants communistes refusent le soutien à l’islamisme politique

Cette manifestation, renommée depuis « la manifestation de la honte », a mis au jour la fracture au sein du PCF comme plus largement à gauche. Quand le PCF de l'Isère appela à rejoindre le plus grand évènement jamais organisé par l'islamisme politique en France (tout en clamant qu'il lutte contre l'islamisme), d'autres communistes ont refusé de s'y rendre et ont même mis en garde. En voici un exemple : en novembre 2020, un article est publié sur le site internet lepcf.fr, créé par des militants communistes du Sud-Est de la France. L'auteure, une militante communiste qui, elle, sait repérer l'islamisme et le combat, revient sur la manif qui s'était déroulée un an plus tôt pour dénoncer les soutiens d'une frange de son parti à ce qui fut le point d'orgue médiatique de l'extrême droite musulmane. Elle y dénonce la présence de Ian Brossat, porte-parole de son parti (2).
Son texte est un exemple de fidélité et de cohérence avec les valeurs de gauche. Il montre aussi les anathèmes lancés et les pressions faites contre elle par des camarades de son parti. Les noms d'oiseaux sont toujours les mêmes : « raciste », « islamophobe ». « Islamophobe »... : des militants d'un parti de gauche accusent une camarade de blasphème envers l’islam… Et, comme souvent, cette accusation est lancée parce qu'elle lutte contre l'islamisme. Une religion est ainsi confondue avec ses adeptes, tous essentialisés à la frange extrémiste de l'islam. Passer de « la religion est l’opium du peuple » à « touche pas à mon islamiste » est un grand écart idéologique impossible à défendre. La seule chose à faire, puisque aucun argument intellectuel ne peut être avancé, est de discréditer les camarades fidèles aux valeurs de gauche et qui alertent sur les dérives d'une frange de leur parti. Alors on les insulte, on leur pose une étiquette de « facho », de « raciste », on leur met la pression, on attaque leur personne pour masquer l'incapacité à débattre sur le fond. C'est ce que cette militante a vécu. C'est ce qu'ont vécu aussi des militants de Grenoble. C'est ce que je vis, même si je ne suis pas militant communiste mais citoyen de gauche, depuis que j'analyse et alerte sur l'islamisme.

Passer de « la religion est l’opium du peuple » à « touche pas à mon islamiste » est un grand écart idéologique impossible à défendre.

L’emménagement d’Alliance Citoyenne dans les locaux de La Dauphinoise (PCF 38) n’est pas seulement un soutien logistique (payant). C’est aussi un soutien idéologique. La gauche est en soins intensifs. Mais le PCF de l’Isère, à l’image du Parti Communiste au niveau national, avec la France Insoumise et EELV, lui administre une dose létale de racialisme et d'islamisme. Cela vaut-il vraiment l’encaissement d’un loyer versé par l’Institut Al… Alliance Citoyenne ?

1ère partie

(1) Contre le racisme, pour la République (Déclaration du PCF)
(2) Lettre ouverte à Ian Brossat : à propos de la manif du 10 novembre 2019

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