Naëm Bestandji

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Une députée LREM déroule des éléments de langage islamistes à l'Assemblée Nationale

Par Naëm Bestandji . Publié le 05 Février 2021 à 13h55

Souad Zitouni, Assemblée Nationale, 03 février 2021.

Souad Zitouni est députée de la République En Marche. Le 3 février 2021, lors du débat sur le projet de loi "confortant le respect des principes républicains", elle s'exprima contre des amendements proposés par des députés de droite qui visent le port du voile. Sa prise de parole se voulait une démonstration de tolérance religieuse et de préservation des valeurs républicaines. Elle n'en fut que la confirmation du relativisme de l'islamisme. La quasi intégralité de son intervention est une reprise des discours et des éléments de langage de l'islamisme politique, repris par ses alliés de la frange perdue de la gauche. En moins de trois minutes de discours, un concentré de la propagande islamiste a résonné dans le temple de la démocratie française, par la voix d'une députée de la République.

La reprise de la victimisation

Le temps de parole étant limité, Souad Zitouni fait sien le discours islamiste dès ses premiers mots : J'ai l'impression depuis tout à l'heure d'être devant un tribunal. (…) Le tribunal contre l'islam et contre les musulmans. Et malheureusement il n'y a pas les accusés qui ne peuvent pas se défendre.

Les débats à l'Assemblée ne s'attaquent ni à l'islam ni aux musulmans. Souad Zitouni fusionne l'islam avec l'islamisme et les musulmans avec les intégristes. Lutter contre l'islamisme et ses militants serait ainsi une attaque contre l'islam et tous ses fidèles. Cette approche se retrouve chez tous les islamistes. Ils se perçoivent comme de simples musulmans pieux face aux musulmans qui ne le seraient pas assez. Jean-Luc Mélenchon et d'autres se sont rangés du côté des islamistes et leur servent de porte-voix "laïc".

L'angle victimaire est aussi de mise, comme nous pouvons l'entendre dans les prêches de musulmans radicaux. Le débat parlementaire de la démocratie est présenté comme un tribunal. Les "musulmans" (puisque, selon Souad Zitouni, tous les musulmans sont des islamistes ?) seraient des accusés non invités à se défendre. Pourtant, l'Assemblée Nationale est composée de députés élus par le peuple, quelle que soit la (non) confession de ses membres, pour les représenter et les défendre. L'hémicycle de l'AN n'est pas le lieu où viennent s'exprimer tel ou tel groupe ou communauté mais les élus de leurs circonscriptions. Ces représentants sont leur voix lors des débats parlementaires. Et c'est exactement ce que font les députés LFI et Souad Zitouni au moment même où, par populisme, elle affirme le contraire. Par ses propos, elle apporte son appui au tison qui souffle les braises des tensions entre musulmans et non-musulmans en faisant passer les premiers pour des victimes et les députés pour des bourreaux.

La désobéissance au mari

La députée enchaîne avec une des plus belles idées reçues qu'elle n'hésite pas à citer pour mieux la démolir, la femme voilée soumise à son mari : Il faut arrêter de penser que toutes les femmes voilées sont des femmes soumises. (…) En réalité, elles le font de plein gré. (…) Il y en a même qui divorcent parce qu'elles veulent porter le voile, parce que leurs maris ne veulent pas qu'elles portent le voile. C'est elles-mêmes qui veulent le porter parce qu'elles considèrent que c'est un chemin de spiritualité. Et que dans le cadre de ce chemin de spiritualité, elles ont besoin, elles ont envie de porter le voile. Donc il faut arrêter de simplifier le débat en disant que c'est une soumission.

Il existe bien des musulmanes contraintes de se voiler par leurs maris. Mais beaucoup d'autres le sont par la pression sociale (dont des femmes voilées sont parfois à l'origine pour convaincre des musulmanes de faire le "libre choix" du voilement) et pression psychologique des prêcheurs islamistes. Tous martèlent que le voile est une obligation. Tous affirment que cette obligation est à respecter par-dessus tout, y compris par-dessus l'opinion des maris. Le salafiste Nader Abou Anas, par exemple, l'affirme en reprenant l'avis de ses pairs : Tu n'as pas à obéir à ton père, à ta mère, à ton frère ou à n'importe qui, ta famille, quand ils t'appellent à désobéir à Allah. Et le fait de te demander de t'exhiber et d'enlever ton hijâb, c'est une désobéissance. Tu n'as pas à leur obéir. Tu dois obéir à Allah, au Prophète sws, ensuite tes parents. Ça, c'est des ordres.

Tous les islamistes martèlent que le voile est une obligation. Tous affirment que cette obligation est à respecter par-dessus tout, y compris par-dessus l'opinion des maris.

Un des Frères musulmans les plus célèbres de France, Hassan Iquioussen, dit exactement la même chose à propos du voile : Notre religion nous a dit "pas d'obéissance à une créature, si cette créature te demande de désobéir à Dieu". C’est-à-dire si ton père il te demande de désobéir à Allah, tu lui obéis ? Non. Ton mari, il te demande de désobéir à Allah, tu lui obéis ? Non. Elle a pas le droit d'obéir. Elle doit d'abord obéir à Allah, ensuite à son mari à condition qu'il lui ordonne le bien. S'il lui ordonne le mal et le blâmable : pas d'obéissance.

Les islamistes comme Nader Abou Anas le répètent encore et encore : Ma sœur, il faut penser que le jour du jugement tu seras devant Allah et il t'interrogera sur ton hijâb, que répondras-tu ? Ma sœur, j'insiste sur le fait que tu dois absolument porter le hijâb et prendre en même temps la décision d'y rester fidèle quoi qu'il arrive.

Qu'y-a-t-il donc de si effrayant dans le jugement dernier ? Le risque de gagner un ticket direct pour l'Enfer.

La menace des pires tourments de l'Enfer pour celles qui refusent de se voiler

Le voile sexualise le corps féminin. Il fait de la femme un objet sexuel par essence. Un objet coupable, responsable de la tentation sexuelle dont seraient victimes les hommes, animaux incapables de se contrôler à la vue d'une mèche de cheveux ou d'une oreille. Cet objet doit donc être caché pour "ne pas créer le désordre dans la société" comme disent les islamistes. Héritage d'un patriarcat antique, le voile n'a pas été créé pour des raisons spirituelles mais pour hiérarchiser l'humanité et la séparer en deux, pour réguler les mœurs de la société dont les corps des femmes sont responsables des débordements. Le voile est l'accessoire vestimentaire le plus raciste, sexiste et discriminant que l'homme ait inventé, la quintessence de l'inégalité homme-femme, la matérialisation de la discrimination sexiste. Absent du Coran, il relève de la culture, pas de la religion. Seuls les islamistes, guidés par leur libido et leur patriarcat, veulent à tout prix en faire une prescription religieuse pour être leur outil politique de cœur.

Pour entériner et crédibiliser leur obsession sexuelle, les islamistes prétendent donc parler au nom de Dieu et de leur Prophète. Ainsi, selon eux, ce ne sont pas les hommes irrespectueux envers les femmes qui iraient brûler en Enfer, mais les tentatrices. Leur "exhibition" ferait subir des épreuves aux croyants. Cette affirmation leur permet de détourner et instrumentaliser le verset 10 de la sourate 85 du Coran : "Ceux qui font subir des épreuves aux croyants et aux croyantes puis ne se repentent pas, auront le châtiment de l'Enfer et le supplice du feu". Cela expliquerait pourquoi, toujours selon eux, les femmes seraient les plus nombreuses à peupler l'Enfer.

Ce ne sont pas les hommes irrespectueux envers les femmes qui iraient brûler en Enfer, mais les tentatrices.

Pour mieux instiller la peur, les islamistes n'hésitent pas à entrer dans la description détaillée des supplices. Dans une de ses conférences où étaient présentes de nombreuses musulmanes, Nader Abou Anas reprend ce que j'ai pu entendre ailleurs, en interpellant les musulmanes non voilées :
Ma sœur, penses-tu que tu peux supporter l'Enfer ? Est-ce que tu sais que le plus petit châtiment en Enfer est de marcher sur des braises de feu jusqu'à ce que ton cerveau bouillonne ? Ça c'est le plus petit châtiment. T'as pas de baskets ou de chaussures de sécurité : pieds nus. Celle qui s'exhibe n'aura qu'une demeure, l'Enfer. Sauf si elle se repend et qu'elle porte les vêtements qu'Allah et son Prophète sws lui ont demandé de porter. Ma sœur tu dois porter des vêtements qui ne décrivent pas tes atours. Tu dois cacher tes formes. Bien sûr, tu ne feras ça que si vraiment tu veux le Paradis.

Dans une autre conférence, il en remet une couche pour effrayer les musulmanes qui se plaignent de la chaleur du voile l'été : Comment peux-tu comparer la chaleur de ce monde avec les feux de l'Enfer ? C'est vrai que le feu qu'on a ici c'est 15 sur 70 du feu de l'Enfer. Est-ce que vous savez que le feu de l'Enfer Allah il l'a préparé en 3000 ans ? 3000 ans !? Tu sais ça veut dire quoi ? C'est pas un petit feu. Déjà le feu dans ce bas monde t'es incapable de mettre ton doigt sur une bougie pendant une minute. Imagines toi un feu qu'Allah a créé et qu'il nous a dit que ce feu là c'est 70 fois plus que ce qu'on a dans ce bas monde. Comment tu peux supporter d'enlever ton hijâb avec ce prétexte ? Ma sœur, le feu de l'Enfer il est plus chaud. Moi je te conseille de porter le hijâb. Supportes le soleil, les canicules qu'on vit sur terre, comme ça au moins le jour du jugement t'auras le Paradis. (…) Rappelles-toi que le châtiment dépasse de loin cette chaleur. Alors tu sacrifieras le confort de cette vie pour être sauvée de l'Enfer dont Allah a dit de ses habitants (il parle en arabe puis traduit) "ils n'y gouteront, en Enfer, ni fraicheur ni breuvage, hormis de l'eau bouillante et du pus". Ça c'est la boisson des gens de l'Enfer. De l'eau bouillante et du pus. Du sang. La nourriture, pareil, c'est des fruits que tu as mangé, ils arrivent à ta gorge, ça devient des piques dans ta gorge. Les vêtements, en Enfer, c'est des vêtements de feu. Pourquoi choisir ce chemin ? (…)
Pour finir, il est tout naturel que tu trouves le hijâb difficile car le chemin menant en Enfer est embelli de beaucoup de choses attirantes. Mais souviens-toi que la récompense est très grande ma sœur, et que ça vaut vraiment le coup de se sacrifier pour Allah.

Tel est le "cheminement spirituel" évoqué par les islamistes… et Souad Zitouni. Voilà pourquoi des musulmanes préfèrent étouffer sous leur voile l'été pendant que les hommes de leur entourage profitent des bienfaits du soleil et de la baignade. Voilà pourquoi des femmes sont dans l'incapacité psychologique de retirer leur voile pour quelques heures de leur travail ou pour accompagner une sortie scolaire. Voilà pourquoi des femmes "divorcent parce qu'elles veulent porter le voile, parce que leurs maris ne veulent pas qu'elles portent le voile" comme le dit justement Souad Zitouni. En résumé, voilà pourquoi le voile est 100% sexiste et 0% spirituel.

Le faux "libre choix" et le respect de la diversité

La députée rejette la possible interdiction du port du voile à l'université ou dans les transports en commun. Cela peut s'entendre et, pour l'espace publique, je la rejoins. Mais les arguments qu'elle avance annihilent sa démonstration. Le "libre choix" qu'elle présente n'existe pas. Ce qui leur est proposé se situe entre obligation et désobéissance, plaire ou déplaire à Dieu (certains islamistes parlent de "déclaration de guerre à Dieu" si la musulmane refuse de se voiler), le Paradis ou l'Enfer, être une bonne ou une mauvaise musulmane, une femme qui se respecte ou pas, le respect d'une pudeur créée et définie par des hommes ou l'impudeur de la visibilité de sa chevelure (alors que, en tant qu'hommes, leurs prescripteurs sont exemptés de voilement). Le "choix" présenté n'est qu'un consentement à la soumission, non pas aux maris mais à la libido masculine de façon générale. La servitude volontaire n'est jamais consentie de "plein gré" selon l'expression pourtant utilisée par la députée.

Souad Zitouni avance alors le fameux argument du respect de la diversité. Elle opte pour un angle hors sujet afin de faire passer la pilule suivante : le sexisme du voilement prescrit par une idéologie totalitaire (l'islamisme) serait une différence vestimentaire comme une autre. Lutter contre serait la volonté que tout le monde "vive pareil". L'accepter serait donc le respect du pluralisme, du "vivre ensemble" avec un symbole textile qui prône la séparation sexuelle. En reprenant les éléments de langage de l'islamisme, elle transforme ce sexisme en expression religieuse. Le voile sur la tête d'accompagnatrices scolaires n'est donc plus un affichage sexiste auprès des enfants qui véhicule une image rétrograde des femmes. Selon la députée, la présence du voile serait une démonstration de tolérance religieuse auprès des enfants lors des sorties scolaires. Ainsi, l'élue de la République devient à son tour un maillon du prosélytisme islamiste car, comme le disent les intégristes en s'adressant aux femmes voilées : Vous êtes musulmanes. Vous êtes différentes des autres femmes. Soyez-en fières. Cultivez-là cette différence. On veut que vous éleviez haut l'étendard de l'islam en vous accrochant coûte que coûte à votre voile.
Comme le disent également des militantes : On est des guerrières qui devons marcher sur les pas du Prophète sws. On ne prend pas les armes. Non. On brandit le drapeau de l'islam, où que l'on aille. Et Allah nous bénit pour cela. Notre arme est plus puissante que n'importe laquelle. Notre da'wa (prosélytisme) est dans notre hijâb. Pas besoin de parler. Le hijâb le fait pour nous.

Toutes les femmes voilées ne sont pas dans une démarche prosélyte. Mais cela n'enlève rien à cette fonction qui fait de la visibilité un outil de propagande.

Le voile serait un simple "tissu"

Souad Zitouni continue à s'enfoncer en parlant de la liberté de croire ou de ne pas croire. Le voile est justement posé pour permettre de croire et empêcher la possibilité de ne pas croire. Sa conclusion surréaliste est, là encore, la reprise d'un élément de langage de l'islamisme politique : après avoir publié des centaines de livres prosélytes sur le voile, avoir tenus des milliers de conférences et consacrés autant d'émissions télévisées sur des chaines satellitaires pour expliquer aux musulmanes combien elles sont obligées de se voiler sous peine de subir les agressions des hommes et une punition divine, les islamistes présentent le voile aux non-musulmans comme un simple morceau de tissu. Cette présentation est faite selon les circonstances. C'est exactement ce qu'a fait la députée (tout en embrayant avec un propos contraire puisqu'elle associe le voile au fait religieux). Dont acte : si le voile n'est qu'un simple tissu, sans aucune charge sexiste, identitaire et politique, alors les femmes voilées ne devraient avoir aucun problème à le retirer à l'université ou lors des sorties scolaires.

"On veut que vous éleviez haut l'étendard de l'islam en vous accrochant coûte que coûte à votre voile."

La prestation de Souad Zitouni est un cas d'école, un concentré de relativisme inspiré de la propagande islamiste. Elle est l'illustration de la pénétration de l'islamisme politique au sein d'une partie de la société française, dont certaines idées politico-sexistes surgissent jusqu'aux bancs de la représentation nationale. Une nouvelle fois, preuve est faite de ce que j'affirme depuis toujours : l'islamisme politique, dont le voile est le cheval de Troie, est bien plus dangereux que le djihadisme. La lutte contre l'islamisme passe aussi par la lutte contre son outil politique, le sexisme du voile. Cela ne peut pas se faire par l'interdiction de son port dans tous les espaces publics. Ce serait même contre-productif. Les solutions, multiples et complexes, se trouvent en amont. L'une d'elles est de briser le cordon sanitaire tissé par une partie de la gauche pour protéger l'islamisme. Souad Zitouni nous a démontré cette nécessité.

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