Naëm Bestandji

Féminisme / Universalisme / Laïcité

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Les islamistes sont les premiers blasphémateurs envers l'islam

Par Naëm Bestandji . Publié le 10 Janvier 2020 à 14h10

Manifestation à Alger, janvier 2015. Des islamistes détournent le slogan "Je suis Charlie" pour "Je suis Mohamed".
Source : https://www.lapresse.ca/international/201501/16/01-4835882-charlie-hebdo-manifs-anti-caricatures-dans-le-monde-musulman.php

La religion ne forge pas les fidèles. Les fidèles font la religion. L'islam n'est pas qu'un mais multiple. Les radicaux de cette religion en représentent une des formes. Ils se font plus entendre que les autres musulmans. Ces derniers vivent une spiritualité intime donc non visible. Les premiers sont responsables de la mauvaise image de l'islam et de la peur qu'il suscite (là est le vrai sens du terme "islamophobie").

En France, la loi humaine est supérieure à la "loi de Dieu". Non pas seulement pour assurer la liberté religieuse des croyants de toutes les religions, mais avant tout pour assurer la liberté de conscience de chaque individu. Les musulmans laïques sont d'accord avec ce principe et désirent être perçus comme n'importe quel autre citoyen. Les intégristes, eux, par leur désir de mettre leur islamité en avant, considèrent que toute loi humaine allant à l'encontre de ce qu'ils déclarent être l'islam serait "islamophobe", autrement dit un blasphème. Quelle ironie lorsqu'on s'aperçoit que les premiers blasphémateurs sont ces musulmans. A trop vouloir coller à la lettre du Coran, ils en ont oublié son essence, entraînant dans leur sillage d'autres musulmans.

Les islamistes ont fait du Coran un kit "halal/haram".

Tous les musulmans, comme chaque croyant de toutes les religions, adaptent leurs pratiques religieuses, intégristes en tête. Ces derniers ont fait du Coran un kit "halal/haram", un livre de recettes toutes faites où l'on pioche ce qui nous convient à la carte. Tout est blanc ou noir. Le libre arbitre, la raison et les nuances n'ont pas leur place. Les réponses à toutes les questions seraient dans le Coran et les hadiths. Résultat, si officiellement les islamistes considèrent que tout le Coran doit être appliqué à la lettre en se référant constamment à l'époque du Prophète (voire même à l'imiter), les principes religieux qu'ils ne respectent pas sont légion. Les tensions et les violences autour des caricatures de Mohamed dévoilent au grand jour leur ignorance et leurs contradictions.

Le blasphème ne concerne que les croyants

Tout d'abord, le blasphème, notion purement religieuse, n'a aucun sens pour un athée. Seuls sont concernés les croyants. Or, les croyants sont avant tout des citoyens, censés adopter les principes de la démocratie. La liberté d'expression, dont la caricature est une des formes, fait partie des traditions et des droits inaliénables de notre pays. Si on souhaite que l'islam soit considéré comme les autres religions, leurs fidèles doivent accepter qu'il soit traité comme les autres religions, y compris dans la caricature. C'est le cas pour les musulmans progressistes. Ils ne jugent pas cette liberté à l'aune de leurs émotions. S'ils peuvent être gênés, ils n'achètent tout simplement pas le journal concerné et ne regardent pas les caricatures ailleurs.

Si on souhaite que l'islam soit considéré comme les autres religions, leurs fidèles doivent accepter qu'il soit traité comme les autres religions, y compris dans la caricature.

Le Prophète Mohamed divinisé par les islamistes

Dieu, à travers le Coran, considère Mohamed comme "un envoyé parmi [les hommes]". Il "n'est qu'un messager [car] des messagers avant lui sont passés" (sourate 3 verset 144). Il dit lui-même "je ne fais que suivre ce qui m’est révélé ; et je ne suis qu’un avertisseur clair" (Sourate 46 verset 9). Le Coran précise enfin que "Mohamed n’a jamais été le père de l’un de vos hommes, mais le messager d’Allah et le dernier des prophètes" (Sourate 33 verset 40).

En islam, Mohamed n'a donc rien de divin ou de sacré au sens religieux du terme. Le Coran n’interdit pas sa représentation (dans la tradition musulmane chiite, Mohamed est souvent représenté). Il interdit l’idolâtrie en général car seul Dieu peut être adoré, ce qui est différent. Si un musulman pense que son Prophète n’est pas représentable, il ne peut pas être touché par cette représentation. S’il est touché, il devient idolâtre, comme l'explique l'islamologue Rachid Benzine.

Les dessins caricaturant Dieu sont innombrables. Y-a-t-il eu des attentats, des procès, des insultes, des menaces de mort, des manifestations suite à ces caricatures ? Non. Ce ne sont pas elles qui ont fait scandale mais celles de son messager. En tuant, menaçant, accusant de racisme (?) ou "d'islamophobie" pour empêcher la désacralisation de leur Prophète, en s'offusquant à ce point, des musulmans font une chose impensable : le Prophète devient plus important que Dieu. Nous ne sommes plus très loin de "Mohamedou akbar".

Depuis quelques années, le blasphème de certains musulmans franchit un nouveau cap. Ils crient leur islamité et l’affichent partout sur les réseaux sociaux, sur leur pare-brise et ailleurs, comme un supporter du PSG crie la gloire de son club. Real Madrid, Olympique de Marseille, islam : même combat ! A quand le fan club de Mohamed et des cartes de fidélité coraniques ? C'est déjà fait.

Page Facebook du groupe "FAN CLUB PROPHETE MOUHAMMAD (Sallā llāhu ʿAlayhi Wasallam)"

En réaction à "Je suis Charlie", plus de 474 000 personnes participent à faire vivre la page Facebook "FAN CLUB PROPHETE MOUHAMMAD (Sallā llāhu ʿAlayhi Wasallam)" (1). Sans parler de groupes et pages Facebook qui affichent "Un million de like pour notre Prophète Mohamed (SWS)". Le Prophète Mohamed utilisé et mis au même niveau que Rihanna ou Beyoncé…

Ces exemples montrent une religion plus proche du fan club de Justin Bieber que d’une doctrine spirituelle basée sur la foi. A travers ces fans clubs "Mohamed forever" créés pour s'opposer à "Je suis Charlie", ils renvoient l'image d’un prophète insensible aux victimes, intolérant et violent, plutôt qu’un prophète rassembleur et désirant mener les hommes vers plus de lumière et de modernité.

Certains, souvent les mêmes, vont encore plus loin en s'identifiant au Prophète par le slogan "Je suis Mohamed". Opposer cela à "Je suis Charlie" est aussi une forme de blasphème. Opposer le nom du Prophète à un cri à la liberté d’expression, c’est vouloir opposer les Êtres humains. "Je suis Charlie" (et non pas "je suis Charlie Hebdo") signifie la volonté de rassembler tous les citoyens, quelles que soient leurs origines, leurs religions ou leurs opinions, contre l’obscurantisme et la barbarie. Cela définit la fraternité à travers un mouvement pacifiste qui a pour seules armes la démocratie et quelques crayons. "Je suis Mohamed" est là pour s’opposer à cette fraternité. Ne serait-ce pas un blasphème selon l'islam ?

Pire encore, un musulman mettant sur sa page facebook "Je suis Mohamed" commet le pire des blasphèmes en s’identifiant au dernier des prophètes. Quel musulman, même intégriste, aurait eu l’idée il y a encore quelques années de se comparer, voire de s’identifier, au Prophète de l’islam ?

Je Suis Mohamed

Je suis Mohamed

Le blasphème de ces musulmans se cache aussi ailleurs, sur un sujet que d'aucun n'aurait abordé comme tel, tout embrumés par leur fanatisme et leur sexisme : le voile. Cette étoffe lourde de symboles porte le blasphème aux nues.

Le voile porte le blasphème aux nues

Le voile est d'abord le signe d'une fausse littéralité des textes religieux. Le Coran ne mentionne nulle part l'obligation pour les femmes de cacher leurs cheveux, leur visage ou leur cou. Le voile ne fait pas la musulmane. Pire encore, il n'y a pas la moindre trace du moindre voile dans le Coran (2)… Sauf à se contenter, par paresse intellectuelle, de certaines traductions françaises qui, par commodité et simplisme linguistique influencés par leur conception orientaliste des musulmanes, ont inclus le mot "voile" absent dans la version originale (3).
Les intégristes l'ont donc créé de toute pièce. De plus, le but exprimé dans le Coran est de protéger les femmes de "l'offense". Le voile (identifié comme tel par les intégristes) n'en aurait été que le moyen dans une culture, une époque et un territoire donnés. Aujourd'hui, c'est l'éducation, la laïcité, les diplômes, l'émancipation, l'autonomie financière par le travail, la justice de la République, etc., qui les protègent. Certainement pas un morceau de tissu qui ramène les femmes à leur statut d'objet sexuel et une infériorité supposée ancestrale.

L'islam avait vocation à faire progresser l'humanité en accordant un statut juridique et des droits aux femmes. Vouloir retourner en arrière pour coller à une époque qui n'est plus la nôtre, c'est aller à l'encontre du message de cette religion qui se voulait progressiste. Or, les intégristes considèrent les avancées du VIIe siècle des tribus d'Arabie comme suffisantes encore aujourd'hui, partout et pour l'éternité. En ne respectant pas la volonté de Dieu et de son Prophète dans leur désir d'accompagner l'Humanité vers plus de progrès et de considération envers les femmes, nous pourrions estimer que les islamistes commettent un péché. Inventer et revendiquer le vêtement le plus raciste et sexiste que l'homme ait inventé, le faire passer du rôle de moyen relatif à un objectif en soi au point d'en faire quasiment le 6ème pilier de l'islam, c'est ce que les religieux appellent une innovation. En islam, l'innovation est un blasphème impardonnable.

De plus, brandir sa religion comme étendard, tel un supporter de foot qui afficherait l'amour de son club, n'est en rien la preuve d'une plus grande piété. C'est juste de l'exhibition religieuse qui, pour le coup, serait aussi une forme de blasphème. Dieu apprécierait-il qu'on expose sa religion comme on expose un produit ? L'islam appelle à la discrétion et à l'humilité. Or, le voile en est à l'opposé. Il est là pour dire "Regardez comme je suis une bonne musulmane, je suis super pieuse, je suis une femme bien, sexuellement respectable". Au-delà de la revendication sexiste, cette exhibition fait du voile un étendard politique et identitaire. Pour les islamistes, l'important est ce qu'une femme porte sur la tête, pas ce qu'elle a dans la tête. Ils ne jugent pas une femme sur ses qualités humaines mais sur ce qu'elle fait de son entrecuisse. C'est du sexisme exhibitionniste et politique.

Brandir sa religion comme étendard, tel un supporter de foot qui afficherait l'amour de son club, n'est en rien la preuve d'une plus grande piété. C'est juste de l'exhibition.

Pire encore, en tentant de comparer le voile à la croix chrétienne pour dissimuler sa raison d'être sexiste, et en inventant une dimension spirituelle qu'il n'a jamais eue, les islamistes en ont fait un objet idolâtre. Un chrétien prie devant une croix où Jésus est représenté crucifié. Dans les moments importants, il peut tenir une petite croix comme un objet fétiche, un porte bonheur. Cette croix symbolise le martyr de Jésus qui se serait sacrifié pour sauver l'humanité. Le voile matérialise-t-il un symbole spirituel équivalent ? Pas du tout. Il n'y a pas d'équivalent de la croix en islam car cette religion rejette toute forme d'idolâtrie. S'attacher à des symboles matériels tels que les statues, les images (si un musulman est islamiquement touché par un dessin…) ou tout autre objet est considéré comme un péché. En cela, revendiquer le voile comme un symbole religieux va à l'encontre du message originel que ces musulmans prétendent vouloir incarner. Ils sont blasphémateurs.

Les islamistes ont fait du voile un objet idolâtre.

Pour les musulmans progressistes, l'islam doit continuellement s'adapter pour toujours être un facteur de progrès humain et respecter ainsi l'esprit du message divin. C'est toute la différence avec les islamistes qui prennent le Coran soi-disant à la lettre, quitte à trahir le message de leur Dieu.

Entre les athées de Charlie Hebdo qui caricaturent ce qui relève pour eux d'une mythologie puérile et crédule, et les islamistes qui s'autoproclament défenseurs de l'islam en dévoyant leur religion par obsession sexuelle et politique, ainsi que par idolâtrie de leur Prophète au détriment de leur adoration pour Dieu, qui sont les plus blasphémateurs ?

Le non-respect de la religion n'est pas seulement du côté de ceux qui s'en moquent et le revendiquent grâce à la liberté d'expression. Il est aussi, et même surtout, du côté de ces intégristes obsédés sexuels et idolâtres qui font du voile une obligation religieuse et du Prophète Mohamed l'égal de Dieu. Ils prétendent défendre l'islam face à ceux qui en ont peur ("islamophobes"). Ils sont pourtant les premiers blasphémateurs.

(1) FAN CLUB PROPHETE MOUHAMMAD (Sallā llāhu ʿAlayhi Wasallam)
(2) "l'obligation religieuse du voile" créée par les intégristes : une hérésie sexiste combattue par les musulmans rationalistes, Coran à l'appui
(3) Ibid