Naëm Bestandji

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L'attentat à Christchurch, outil tant attendu par les islamistes pour sanctionner les atteintes à l'islam ("islamophobie") 2ème partie

Par Naëm Bestandji . Publié le 28 Mars 2019 à 13h38

L'attentat commis contre des musulmans en Nouvelle Zélande est une aubaine pour les islamistes du monde entier. Alors que les corps des victimes n'étaient pas encore froids, leurs réactions politiques victimaires explosèrent à travers le monde. Eux si prompts à s'en prendre aux interprétations coraniques et aux musulmans qui ne leur conviennent pas, et se rendent ainsi coupables d'islamophobie (peur de l'islam) et très souvent de propos (et parfois d'actes) anti musulmans, hurlent à "l'islamophobie" à la moindre occasion. Celle-ci est pour eux l'occasion du siècle : s'appuyer sur un drame humain, celui tant attendu, pour justifier le délit de blasphème au niveau mondial en amalgamant critique d'une idéologie et actes contre des individus.

Les islamistes français ne sont pas en reste. Ils s'agitent comme un seul homme depuis le 15 mars. Leur réaction face à un attentat qui a eu lieu à 20 000 km de chez nous contraste avec leur mollesse et déclarations de circonstance lors des multiples attentats sur notre sol.

"L'appel contre une islamophobie grandissante" ou l'opportunisme macabre pour s'en prendre au blasphème

Une semaine après l'attentat, les sites internet Muslim Post, Al-Kanz, Islam&Info, "Des Dômes et des Minarets" et Mizane Info se sont associés pour publier une tribune : "Appel contre une islamophobie grandissante" (1). Plaidoyer pour la validation du terme "islamophobie", ils jouent sur l'émotion suscitée par l'attentat en Nouvelle Zélande pour provoquer la peur des français musulmans et tenter de faire fléchir l'État. L'occasion est trop belle.

Certes, l'extrême droite traditionnelle (les islamistes composent l'autre extrême droite) aime rendre l'islam responsable de beaucoup de choses, confondre Arabe/musulman et réduire tous les musulmans à l'islamisme (avec l'aide des islamistes eux-mêmes). Elle aime faire appel à la laïcité pour s'opposer à l'islam mais la trahit quand cela concerne le catholicisme. Tout cela est vrai. Mais, pour les islamistes, c'est aussi, et même surtout, le prétexte pour y amalgamer toute forme d'opposition : tous leurs adversaires laïques, y compris des musulmans, sont mis dans le même sac que l'extrême droite. Dénoncer le salafisme et les Frères musulmans, dont le voile est le symbole sexiste et politique, serait être allié à Génération identitaire et autres fachos. Ceci pour masquer le fait que les islamistes sont d'abord et avant tout des ultra identitaires.

Comme toujours, ils considèrent que toute critique de l'islam et de l'islamisme est équivalente aux actes et propos anti musulmans. Ils inversent également les rôles : selon eux, ce ne sont pas leurs multiples coups de boutoirs contre la République (surtout à travers les multiples affaires de voile) qui posent problème. Ce sont les réactions à leurs actions qui seraient problématiques. S'il n'y avait pas autant d'offensives politiques des islamistes, il n'y aurait pas autant de réactions et d'articles sur ce sujet. Si ces sites internet à l'origine de cette tribune, et tous les autres islamistes, ne montraient pas une image aussi effrayante de l'islam, ne passaient pas leur temps à vouloir cliver la société entre "eux" (les "blancs", les non musulmans) et "nous" (les musulmans), les citoyens en auraient moins peur (sens réel du terme "islamophobie"). Mais les islamistes ne s'arrêtent pas à ce genre de détails. Quoi qu'ils fassent, ils se présenteront toujours en éternelles victimes. Celles de Christchurch sont macabrement instrumentalisées pour cela.

Leur sentiment d'appartenance à une communauté supranationale musulmane (Oumma) fait passer leur citoyenneté française au second plan. Une citoyenneté qui n'est qu'un prétexte pour la promotion de leur islamité. Cela entraîne leur vision du "eux" et "nous" et leur indignation à géométrie variable selon l'origine des terroristes et les victimes d'attentats.

Les islamistes se présenteront toujours en éternelles victimes. Celles de Christchurch sont macabrement instrumentalisées pour cela.

Mais, pour réussir à rallier plus de non-musulmans à leur tribune, il fallait user de la stratégie habituelle des islamistes politiques, en plus de la victimisation : récupérer ce qui nous fait sens pour toucher notre fibre républicaine. Ainsi, la tribune se termine par : "Il est encore temps de mettre une fin à cette surenchère avant que le terrorisme antimusulman finisse par vraiment toucher la France, détruisant ce qui reste des valeurs censées nous unir."
Il faut bien sûr tout mettre en œuvre pour protéger tous les citoyens, quelle que soit leur religion. Mais faire appel aux "valeurs censées nous unir" alors que leur raison de vivre est de les combattre…

Justement, penchons-nous sur le profil et les valeurs défendues par ces sites et les premiers signataires.

Le MuslimPost, site d'information proche de la ligne des Frères musulmans

La vision de l'islam diffusée par le MuslimPost est plus proche de celle des Frères Musulmans, dont il reconnaît l'influence, que des musulmans rationalistes et progressistes (2).

Le MuslimPost fait l'éloge de Tariq Ramadan et des Frères musulmans.

Il fait l'éloge de Tariq Ramadan et de son ascendance ancrée dans l'histoire des Frères musulmans, et laisse croire que cette influence frériste est naturelle pour tous les musulmans. Effectivement, la Confrérie est "le plus grand mouvement de réforme islamique moderne et le plus répandu dans le monde". L'islam est aujourd'hui dominé par l'islamisme dont les Frères musulmans sont les plus influents. "Réforme" n'est pas synonyme de "progrès". Les salafistes, souvent alliés aux Frères, sont aussi des réformateurs. On peut réformer pour retourner dans le passé et/ou bloquer toute réforme progressiste. Ce "plus grand mouvement de réforme" a pour co-fondateur Hassan Al-Banna, comme le site l'indique. Le slogan créé par ce leader, pour être la devise de la Confrérie, est : "Dieu est notre but. Le messager de Dieu est notre guide. Le Coran est notre constitution. Le Jihad est notre chemin. La mort sur le sentier de Dieu est notre souhait ultime". Dans son credo des Frères musulmans, Hassan Al-Banna déclara en 1935 que "la bannière de l’Islam doit couvrir le genre humain et que chaque musulman a pour mission d’éduquer le monde selon les principes de l’Islam".

La mise en pratique de cette doctrine sera détaillée dans les "50 demandes du programme des Frères musulmans" rédigés en 1936. Destiné au monde musulman, ce programme explique aujourd’hui encore l’attitude et les dérives des islamistes en Égypte, au Maghreb, en Turquie, etc., mais aussi en Europe (par la présence d'une minorité importante de musulmans en Europe, les islamistes considèrent ce continent comme terre de prédication depuis plusieurs décennies). La Confrérie y fait l’éloge de la guerre sainte, de la Oumma par la création d’un sixième Califat, l’interdiction de toute mixité sexuelle, l’oppression des femmes, la censure des médias et de la culture, l’interdiction de toute critique de l’islam, l’imposition de l’enseignement de la religion (et dans sa version frériste) dans la totalité des niveaux de l’enseignement, le développement de la propagande, puis l’imposition (par la force s’il le faut) de la pratique religieuse, la création de groupes jeunesse fanatisés, etc. En résumé, le même fonctionnement que le nazisme à la même époque, des mesures communes également écrites dans “Mein Kampf”, en ajoutant un sexisme poussé encore plus loin.

Le logo de la Confrérie se devait d'illustrer au mieux toutes ces "bonnes" intentions. Composé d'un Coran surplombant deux sabres entrecroisés, il souligne bien l’aspect guerrier et conquérant au cœur de sa doctrine.

Logo et slogan des Frères musulmans

Logo et slogan des Frères musulmans
Inscriptions encerclées autour du logo :
"Dieu est notre but. Le Prophète est notre chef. Le Coran est notre constitution. Le djihad est notre voie. Mourir pour Dieu est notre souhait le plus ardent."
Inscription sous les sabres entrecroisés : "Préparez-vous [contre eux]."

Beaucoup se réclament de cette idéologie aujourd’hui. Cela va d'une partie des djihadistes jusqu’aux militants de l’islamisme politique (dont beaucoup préfèrent ne rien en dire). Par ses circonstances particulières, le Hamas est le mouvement frériste qui applique actuellement le mieux la doctrine.

Le slogan et le programme originel sont discutés entre Frères musulmans. La majorité rejette aujourd'hui la violence. De plus, nombre de Frères vivent à présent dans des pays où les musulmans sont minoritaires et où la démocratie peut difficilement être combattue frontalement. L'investissement dans la vie de la cité pour la travailler de l'intérieur et la stratégie victimaire par le concept d'"islamophobie" sont privilégiés. Mais n'étant pas abrogés, le slogan et le programme originel restent officiellement valables. Les figures historiques de la Confrérie qui se succédèrent (de Sayed Qutb à Youssef Al-Qaradawi pour les plus connus) sont tous antisémites, homophobes, ultra sexistes et bellicistes. Ils restent aujourd'hui encore des références théologiques et politiques pour les militants et sympathisants.

Le MuslimPost ne prend ainsi aucune distance. Il considère les Frères musulmans comme un simple "mouvement de réforme islamique moderne". Il n'hésite donc pas à reconnaître le voile, instrument islamiste par excellence, comme un signe religieux dans tous les articles où ce sujet est abordé. Il participe même à la propagande pro voile dans le sport, l'éducation et la politique. En parallèle, il pointe du doigt les musulmans qui affirment que le port du voile n'est pas une prescription coranique, comme Ghaleb Bencheikh (islamologue et président de la Fondation de l'islam de France).

Comme les autres sites islamistes, il cible les Français d'origine maghrébine qui luttent contre les intégristes. Essentialisant de façon raciste les individus, le MuslimPost considère ces Français comme des "collabeurs". C’est-à-dire des traîtres à leur "communauté" qui collaborent avec les "blancs"/français comme ces français, traîtres à leur patrie, qui avaient collaboré avec l'occupant allemand durant la seconde guerre mondiale.

Le muslim Post considère comme des traîtres les français d'origine maghrébine qui ne leur correspondent pas.

Même si des articles publiés peuvent parfois faire entendre d'autres voix musulmanes, ce site est un acteur clé de l'activisme islamiste en France. Son partenariat pour cet appel avec des sites islamistes encore moins consensuels en est une illustration.

Islam&info, le site salafiste

Islam&info, autre site signataire de cet appel, se présente comme un "média musulman engagé. L'info par le Musulman, pour le Musulman". Sa page Facebook est suivie par près de 490 000 personnes. Ce média a du poids. Mais il devrait en réalité s'appeler "islamisme info". Il est dans la droite ligne de la stratégie victimaire à outrance pour légitimer sa vision radicale, identitaire, totalitaire et raciste de la religion. Le "M" de "Musulman" est bien en majuscule. Cela démontre la volonté de transformer une adhésion à une idéologie religieuse en ethnie, le peuple Musulman. Cela permet de se distinguer du reste de la population en s'identifiant à la Oumma. Cela permet également de mieux se victimiser : en définissant le musulman comme membre d'un peuple, on le racialise, l'essentialise et on brandit la carte du racisme face à toute critique de l'islam et des dérives faites en son nom. Sa participation à cet appel contre "l'islamophobie" est donc une évidence.

Islam&info est un site d'information tendance salafiste.

Elias d'Imzalène, de son vrai nom Eli Yess Zareli, est le fondateur et l'animateur de ce média. Fiché S, le domicile de ce militant salafiste avait été perquisitionné en décembre 2015, suite aux attentats. Selon les services de renseignements, il est aussi une des raisons de la fermeture de la mosquée de Torcy (Seine-et-Marne) en avril 2017. Cette mosquée radicale visait particulièrement la jeunesse pour leur enseigner le "combat contre les mécréants", appréciait les djihadistes et sollicitait "l’aide d’Allah en leur faveur afin de détruire les ennemis de l’Islam, des ennemis de l’intérieur, ici en France et ailleurs". Elias d'Imzalène y était intervenu à deux reprises. Il "a fourni des éléments de langage comparant la situation existant en France à l’apartheid et demandant aux fidèles d’arrêter d’être Français légalistes, Français républicains et Français patriotes". (3) Elias d'Imzalène est doublement signataire de la tribune contre "l'islamophobie" qui prétend vouloir préserver les "valeurs censées nous unir " : en son nom propre et au nom de son site.

En juin 2013, dans cette même mosquée, il exposa plus précisément son interprétation des "valeurs censées nous unir". Il considère que l'enseignement doit être une cible pour une bonne transmission de l'obscurantisme, du communautarisme et du sexisme : Votre éducation est prioritaire. (…) Vos écoles (…) doivent être abandonnées et qu'on arrive à nos écoles. (…) Au lieu de pleurer et de dire "s'il vous plaît, changez les programmes. S'il vous plaît acceptez ma fille avec le hijab" (…). Les écoles doivent devenir une priorité pour nous tous ! Aujourd'hui, nous devons nous dire "le projet d'école et le projet de mosquée, c'est deux choses qui vont ensemble". (...) Il faut nous réapproprier aussi nos loisirs, pour nos enfants. Et là je pense à l'éducation. C'est à nous de faire nos colonies de vacances. C'est à nous de faire nos centres de loisirs. C'est à nous de prévoir des salles de sport pour nos femmes. Et plus aux autres qui mettent à chaque fois des conditions. (...) Un jour il faudra penser local. Un jour il faudra penser communautaire. Un jour il faudra penser grand. Un jour il faudra penser même à avoir nos banques, notre monnaie locale.

Pour lui, le simple fait qu'il n'y ait pas de cours de religion façon prêche du vendredi, que l'école soit totalement laïque pour donner la possibilité à chacun de penser par lui-même, seraient une forme d'agression. La mixité et le fait d'interdire les signes religieux pour notamment permettre à des fillettes de réaliser qu'elles ne sont pas des objets sexuels qui doivent être bâchés par un voile, est aussi pour lui une atteinte à son sexisme et à son patriarcat. Il prône alors l'apartheid sexuel avec, par exemple, des salles de sport "fréquentables" (c'est à dire non mixtes) pour "nos" femmes.

Elias d'Imzalène appelle donc les parents à abandonner cette horrible école laïque au profit d'établissements islamistes dont mosquée et école fonctionneraient en symbiose pour une meilleure cohérence obscurantiste, anti laïque et anti républicaine. L'important est d'être musulman et de défendre sa "communauté", pas d'être citoyen et de défendre son pays. C'est pour cela qu'il "pense grand" en invitant les musulmans à islamiser tous les domaines de l'éducation, de leurs loisirs, à supprimer la mixité, et même à faire sécession avec la République par la création de banques communautaristes et une monnaie locale.

Voilà comment cliver la société, effrayer la population, susciter la peur de l'islam (islamophobie) pour ensuite s'en plaindre et prétendre défendre les "valeurs censées nous unir".

Al Kanz, le blog islamiste dont l'économie est l'outil prosélyte

Al Kanz est un autre site co-signataire. C'est un blog islamiste qui souhaite réguler tous les aspects de la vie quotidienne par le prisme halal/haram et fait de l'économie son outil et argument prosélyte. Depuis sa création en 2006, Al Kanz est devenu un des fers de lance du développement de l'islamisme par l'économie. Il perçoit moins l'islam comme une forme de spiritualité que comme un code de conduite binaire où tous les aspects de la vie sont concernés. Il est de ces salafistes qui ne voient pas de problèmes à la pratique du sport ou d'une activité professionnelle pour les femmes, à la condition qu'elles restent des éternelles mineures et des objets sexuels à dissimuler en ce qui concerne leur corps. Il pratique un lobbying important sur divers marchés et auprès des marques, arguant du poids économique que représente la "communauté musulmane".

Al Kanz perçoit moins l'islam comme une forme de spiritualité que comme un code de conduite binaire où tous les aspects de la vie sont concernés.

Dans son livre "Le marché halal ou l'invention d'une tradition", Florence Bergeaud-Blackler retrace très bien tous les aspects de cette norme "halal" que des islamistes comme Al-Kanz tentent d'imposer : La convention halal est née d'un deal opportuniste entre des États prédicateurs et des marchands capitalistes. Cette tradition inventée constitue une fenêtre d'opportunités pour des intermédiaires "religieux et marchands", indépendants des États qui se disputent la définition du licite et donc de la norme en islam, c’est-à-dire de l'autorité religieuse. (…) Dans les pays non musulmans, ce sont les dynamiques diasporiques et l'arrivée des mouvances fondamentalistes qui vont permettre la constitution d'une demande pour ce nouveau marché.

Je suis en accord en tout point avec son analyse dont je constate les effets depuis le début des années 1990 avec l'arrivée du "halal" concomitante à celle des premiers voiles. S'il n'y avait pas de culpabilisations et menaces religieuses brandies par les islamistes (comme "l'impudeur" et l'enfer), ce qu'ils appellent le "libre choix", et la création d'un marché mercantile pour y répondre afin de gagner sa place au paradis, personne n'aurait envie d'acheter ces outils oppressifs. Il est donc facile de crier à l'empêchement de la pratique sportive ou d'un emploi pour les femmes qui veulent être voilées, après avoir tout fait en amont pour les convaincre qu'elles ne doivent rien faire sans voile.

Al-Kanz s'inscrit dans cette stratégie de l'économie marchande pour imposer sa vision salafiste de la norme religieuse à tous les musulmans et aussi contraindre la société à s'adapter à cette norme. Il est toujours en première ligne pour favoriser le voilement des femmes, cheval de Troie politique commun à tous les islamistes, en promouvant H&M ou Nike. Il fut le plus fervent défenseur du "hijab de running" de Décathlon. Il est en contact avec de nombreuses entreprises pour leur faire miroiter les pluies de billets si elles investissaient le marché islamiste et commercialisaient des vêtements sexistes pour respecter la libido des intégristes par l'occultation de la tête et du corps des femmes. Les slogans marketing de mode "pudique" ou vêtement "modeste" sont venus à la rescousse de ces marques pour euphémiser et dissimuler ce racisme sexuel. Le marché contribue à rendre le voile, vêtement discriminant, acceptable, tout en contribuant à rajouter une pression supplémentaire sur les musulmanes qui refusent encore de se voiler. Voilà comment dicter aux femmes comment se vêtir tout en accusant leurs détracteurs de vouloir dicter aux femmes comment se vêtir (toujours cette fameuse rhétorique d'inversion)…

Il est facile de crier à l'empêchement de la pratique sportive ou d'un emploi pour les femmes qui veulent être voilées, après avoir tout fait en amont pour les convaincre qu'elles ne doivent rien faire sans voile.

"Des dômes et des minarets"

"Des dômes et des minarets" est un site islamiste dans la même veine que les autres. Il nomme les militants laïques "laïcistes radicalisés". Une pirouette sémantique habituelle depuis plusieurs années chez les islamistes. Cela consiste à créer une fausse équivalence entre militants laïques et "islamistes radicalisés" (pléonasme) par la phonétique. Ce site considère bien sûr le voile comme une prescription religieuse et se réjouit régulièrement des avancées de sa visibilité.

Une des vitrines de l'islamisme politique, ce site tente d'être respectable. Mais il ne peut s'empêcher parfois de commettre des dérapages racistes typiques de toutes les extrêmes droites. Ne considérant les individus qu'à l'aune de leur appartenance ethnique (et l'islam étant selon eux aussi inscrit dans les gênes), ce site considère toute émancipation individuelle comme une trahison. Les français d'origine maghrébine concernés sont ainsi nommés "arabes de service" et "bougnoules" (4). L'occasion aussi d'instiller une dose d'antisémitisme.

Le racisme et l'antisémitisme du site islamiste "Des dômes et des minarets"

Il est sur la même ligne que le Muslim Post et d'autres signataires de la tribune comme Taha Bouhafs. Ce dernier est un ultra identitaire "Arabe" à l'insulte facile et dont l'islam est un outil identitaire et racial bien plus que religieux. Il voit donc dans l'intégrisme musulman et les Indigènes de la République des partenaires de lutte. Il est de ces militants qui assurent le lien entre cette nébuleuse et une partie de l'extrême gauche. Pour mieux comprendre ce racisme intracommunautaire, vous pouvez consulter l'article que j'avais consacré à ce sujet (5).

Dans leur tribune commune, ces sites islamistes prétendent parler au nom des "musulmans et musulmanes de France". Nous retrouvons cette volonté de faire passer l'islamité avant l'appartenance citoyenne (ils sont des français musulmans, pas des musulmans de France). Mais surtout, ils veulent enrôler tous les musulmans à leur radicalité puis prétendre être les représentants de tous. Cette tribune montre une nouvelle fois cette OPA sur l'islam. L'attentat de Christchurch est décidément une belle occasion.

Abdelaziz Chaambi, un fiché S signataire de l'"appel contre une islamophobie grandissante"

Parmi les premiers signataires de cette tribune, nous retrouvons Abdelaziz Chaambi, président de la CRI (Coordination contre le Racisme et l’Islamophobie), un concurrent du CCIF. Il est un de ces exemples de militants de gauche qui ont basculé à l'extrême droite par leur militantisme islamiste. Son CV est impressionnant. Il est le co-fondateur des éditions Tawhid. Cette maison d'édition bien connue des islamistes publie les ouvrages des Frères musulmans. Tariq et Hani Ramadan sont en bonne place dans la maison. C'est aussi chez Tawhid que nous pouvons encore trouver le livre ultra misogyne et homophobe de Youssef Al-Qaradawi "Le licite et l'illicite en islam" ou bien celui dans la même veine du salafiste A. D. Eldjazaïri "La voie du musulman". En revanche, vous n'y trouverez aucune trace d'ouvrages de musulmans progressistes. Par ses livres, cette maison d'édition a fortement contribué au prosélytisme de l'intégrisme musulman en France.

Abdelaziz Chaambi est également un des initiateurs de l'appel "Un débat pour tous" en janvier 2013, pour lutter contre la future loi sur le "mariage pour tous" (6). En bon militant d'extrême droite et ultra-conservateur, il tient des propos particulièrement homophobes en allant jusqu'à comparer le droit au mariage des homosexuels au droit à l'inceste et à la pédophilie.

Comme tous ses collègues islamistes, Abdelaziz Chaambi est obsédé par la Palestine. Comme eux, cette obsession passe par le prisme religieux. Dans le cadre de ses activités militantes, il a ainsi déclaré à plusieurs reprises son soutien au Hezbollah (mouvement politique et paramilitaire djihadiste des intégristes chiites) et au Hamas (7). Il considère ce dernier comme un simple mouvement de résistance, "au même titre que Lucie Aubrac, Jean Moulin ou Nelson Mandela" (8). Les assassinats de plusieurs centaines d'opposants palestiniens, le régime autoritaire mis en place dans la bande de Gaza, les Palestiniens dont il se sert comme boucliers humains pour se protéger des attaques israéliennes, son allégeance officielle aux Frères Musulmans, son rêve de voir la bannière de l'islam flotter sur le monde, son antisémitisme virulent et son désir de détruire Israël : tout ceci serait anecdotique pour Abdelaziz Chaambi. Le seul fait de s'opposer à l'occupation israélienne est suffisant pour comparer le Hamas à Nelson Mandela, Lucie Aubrac et Jean Moulin…

Dans son fanatisme religieux, il va également jusqu'à se faire le relais de la communication du Jihad islamique en Palestine (9), mouvement où tout est dit dans son appellation lorsque nous observons ses actions.

Avec un tel profil, il n'y a rien d'étonnant à ce qu'il soit fiché S (10). En revanche, il est étonnant qu'il s'en étonne.

Abdelaziz Chaambi, fiché S

Avant de présider la CRI, Abdelaziz Chaambi fut un membre très actif du mouvement des Indigènes de la République. Un mouvement racialiste mélangeant des valeurs d'extrême gauche et d'extrême droite à la philosophie raciste et antirépublicaine dont la figure médiatique, Houria Bouteldja, a illustré à de multiples reprises sa vision de la "race", des "blancs", des Juifs et de l'islam version ultra-identitaire. Houria Bouteldja fait justement partie des signataires de la tribune contre "l'islamophobie", comme plusieurs membres du Parti des indigènes de la République.

Ismahane Chouder, autre figure islamiste signataire de l'"appel contre l'islamophobie"

Ismahane Chouder est une autre signataire et une autre figure de l'islamisme politique, très active au Maroc mais aussi en France. Elle est de ces militants Frères musulmans les plus en pointe dans l'inversion et l'entrisme. Par ses multiples adhésions à divers associations, elle se présente comme féministe, prétend défendre la laïcité, être contre l'homophobie et lutter contre le racisme. Ses positions sexistes, anti féministes, anti laïques et communautaristes peuvent ainsi avoir l'attention d'une partie de l'extrême gauche sensible aux discours populistes de l'extrême droite musulmane. Ismahane Chouder est très douée pour faire passer ses valeurs rétrogrades et totalitaires pour des valeurs émancipatrices, faire passer l'islamisme pour l'islam et les intégristes musulmans pour de simples musulmans éternellement victimes.

Sur le terrain, elle est, entre autres, membre de Participation et Spiritualité Musulmanes (PSM). PSM se présente comme une association composée de simples musulmans. Ces musulmans "lambda" ont des liens très forts et assumés avec le parti islamiste marocain issu des Frères Musulmans "Justice et Bienfaisance". PSM a participé à la création du Collectif des Citoyens Musulmans pour l'Enfance dont l'objectif est de "rejoindre la dynamique « MANIF POUR TOUS » en réponse au « Mariage Pour Tous » et contre la loi Taubira" (sic) (11).

PSM a participé à la création du Collectif des Citoyens Musulmans pour l'Enfance dont l'objectif est de "rejoindre la dynamique « MANIF POUR TOUS ».

Ces militants de l'extrême droite musulmane, qui se font passer pour de simples musulmans, ont agi main dans la main avec leurs confrères de l'extrême droite catholique pour lutter contre l'égalité des droits pour tous. Ainsi, PSM affiche fièrement son partenariat avec Alliance Vita, une association d'intégristes catholiques créée en 1993 par Christine Boutin dont un des buts est de lutter contre le droit à l'IVG. Leur complicité est si forte qu'ils ont prolongé leur lune de miel par la participation de PSM à l'université d’été d'Alliance Vita en 2013 (12).

Participation de PSM à l'université d’été d'Alliance Vita en 2013

Parmi les autres signataires, nous retrouvons également des membres de la plateforme "Les musulmans" et du CCIF, étroitement liés grâce à Marwan Muhammad. Ces structures issues des Frères musulmans ont aussi écrit leur propre appel. Ce sera le sujet de la dernière partie de cet article.

L'attentat en Nouvelle Zélande, outil tant attendu par les islamistes pour tenter de sanctionner les atteintes à l'islam ("islamophobie"). 1ère partie

L'attentat en Nouvelle Zélande, outil tant attendu par les islamistes pour tenter de sanctionner les atteintes à l'islam ("islamophobie"). 3ème partie

(1) [Tribune] Appel contre une islamophobie grandissante
(2) Tariq Ramadan : une illusion qui s’effondre
(3) Torcy. Ce que contient la note des renseignements qui a conduit à fermer la mosquée
(4) Ces “arabes de service” au service des partis politiques français
(5) "Collabeur", "bougnoule", "arabe de service" : le racisme intracommunautaire décomplexé
(6) Un débat pour tous
(7) La grande colère des musulmans de France
(8) Ibid
(9) Communiqué du mouvement du Jihad islamique en Palestine, page Facebook d'Abdelaziz Chaambi
(10) Abdelaziz CHAAMBI est fiché S : pétition et soutien
(11) Au cœur de la manif pour tous
(12) Musulmans et chrétiens pour la défense de la vie