Naëm Bestandji

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dossiers - Islamisme politique - Elias d'Imzalène, ''islamophobie''

Manifestation contre "l'islamophobie" : le salafiste Elias d'Imzalène a contribué à sa préparation

Par Naëm Bestandji . Publié le 20 Novembre 2019 à 18h09

La tribune publiée dans Libération, puis la manifestation du 10 novembre 2019, contre "l'islamophobie" marquent un tournant dans l'alliance entre l'extrême droite musulmane et une partie de la gauche. La liste des associations et individus islamistes qui ont participé à l'organisation de ces deux épisodes n'en finit pas d'être déroulée. Le fondateur du site Islam&info est le dernier en date.

Islam(isme)&info, l'info par l'islamiste, pour l'islamiste

Le site Islam&info se présente comme un "média musulman engagé. L'info par le Musulman, pour le Musulman", sa page Facebook est suivie par plus de 541 800 personnes. Ce média a du poids. Mais il devrait en réalité s'appeler "islamisme info". Il est dans la droite ligne de la stratégie victimaire à outrance pour légitimer sa vision radicale, identitaire, totalitaire et raciste de l'islam.

Logo Islam&info

Le "M" de "Musulman" est bien en majuscule. Cela démontre la volonté de transformer une adhésion à une idéologie religieuse en ethnie, le peuple Musulman. Cela permet de se distinguer du reste de la population en s'identifiant à la Oumma (communauté musulmane supranationale). Cela permet également de mieux se victimiser : en définissant le musulman comme membre d'un peuple, on le racialise, l'essentialise et on brandit la carte du racisme face à toute critique de l'islam et des dérives faites en son nom. Tout ceci est résumé par un terme dont ce site et son fondateur sont des partisans acharnés : "islamophobie".

Elias d'Imzalène est en partie à l'origine de la fermeture d'une mosquée

Elias d'Imzalène, de son vrai nom Eli Yess Zareli, est le fondateur et principal animateur de ce média. Le domicile de ce prédicateur salafiste avait été perquisitionné en décembre 2015, suite aux attentats.

Selon les services de renseignements, il est aussi une des raisons de la fermeture de la mosquée de Torcy (Seine-et-Marne) en avril 2017 (1). Cette mosquée radicale visait particulièrement la jeunesse pour leur enseigner le "combat contre les mécréants", appréciait les djihadistes et sollicitait "l’aide d’Allah en leur faveur afin de détruire les ennemis de l’Islam, des ennemis de l’intérieur, ici en France et ailleurs". Elias d'Imzalène y était intervenu à deux reprises. Il "a fourni des éléments de langage comparant la situation existant en France à l’apartheid et demandant aux fidèles d’arrêter d’être Français légalistes, Français républicains et Français patriotes".

Son épouse préside depuis 2011 une association de femmes portant le niqab qui réclame l'abrogation de la loi sur le voile intégral (2). Il s'agit probablement de l'association "Amazones De La Liberté" (3). Une nouvelle fois, cela bat en brèche l'idée reçue que toute femme voilée a été directement forcée à se cacher sous un voile. De l'association Lallab à celle-ci, sans compter les militantes individuelles (du hijab au burqini en passant par le niqab), nombreuses sont les femmes islamistes à militer pour le droit à l'aliénation et à l'autodiscrimination, après avoir été convaincues par des hommes que leur corps est l'incarnation du mal pour le mâle. Nous observons ce phénomène au sein des intégrismes de toutes les religions. L'intégrisme musulman est celui qui pousse le concept à son paroxysme, au point d'en faire un outil politique.

En juin 2013, dans cette même mosquée, Elias d'Imzalène résuma la pensée et le projet islamiste sur l'enseignement. Il exposa aussi sa vision sexiste, communautariste, voire sécessionniste, de la société.

Le rêve rétrograde et sécessionniste d'Elias d'Imzalène

Pour bien comprendre sa pensée et mesurer sa dangerosité, il est nécessaire de faire une rapide analyse de texte.
"Vos écoles, dans lesquelles vous envoyez vos enfants, dans laquelle j'ai été, dans laquelle on m'a appris à mécroire, à détester [l'islam], à détester nos ancêtres" : en l'écoutant, on se demande quelle est cette école. Nous pourrions croire qu'elle avait programmé des cours sur l'athéisme et d'autres sur le rejet de l'islam. Il devait aussi y avoir des cours d'Histoire entièrement consacrés au dénigrement de ses "ancêtres" et à la glorification de la colonisation. Pas du tout. Le simple fait qu'il n'y ait pas de cours de religion façon prêche du vendredi, que l'école soit totalement laïque pour donner la possibilité à chacun de penser par soi-même, est pour lui une forme d'agression. La mixité et le fait d'interdire les signes religieux pour notamment permettre à des fillettes de réaliser qu'elles ne sont pas des objets sexuels qui doivent être cachés sous un voile, est aussi pour lui une forme d'agression envers son sexisme et son patriarcat.

Les "nouvelles fracassantes" qui pourront surprendre les parents, quand leur enfant aura 20 ans, sont toujours les mêmes : l'homosexualité, un changement de religion ou, pire, l'athéisme. La liberté de conscience est une des plus grandes hantises des islamistes, sauf lorsqu'il s'agit de se convertir à l'islam(isme). Pour l'homosexualité, les intégristes de toutes les religions sont convaincus que l'apprentissage de l'égalité des sexes, qu'ils définissent faussement par "apprendre aux garçons à devenir des filles et aux filles des garçons", mène à cette "perversion".

Elias d'Imzalène implore donc les parents : cette horrible école laïque "doit être abandonnée" au profit d'établissements islamistes dont mosquée et école fonctionneraient en symbiose pour une meilleure cohérence obscurantiste, anti laïque et anti républicaine. L'important est d'être musulman et de défendre sa "communauté", pas d'être citoyen et de défendre son pays. C'est pour cela qu'il "pense grand" en invitant les musulmans à islamiser tous les domaines de l'éducation, de leurs loisirs, à supprimer la mixité, et même à faire sécession avec la République par la création de banques communautaires et une monnaie locale.

Elias d'Imzalène appelle les parents à abandonner cette horrible école laïque au profit d'établissements islamistes dont mosquée et école fonctionneraient en symbiose pour une meilleure cohérence obscurantiste, anti laïque et anti républicaine.

Sa vision de l'islam est la même aujourd'hui. Toujours aussi extrémiste, il est de cette nébuleuse islamiste qui milite politiquement en partenariat ponctuel avec des Frères musulmans tels que le CCIF et son ex directeur Marwan Muhammad (fondateur de la plateforme "L.E.S Musulmans"). Ce fut le cas pour la manifestation contre "l'islamophobie" du 10 novembre 2019.

Désir de faire du blasphème envers l'islam un délit/victimisation : la manifestation contre "l'islamophobie"

Dans un entretien accordé au Muslim Post, il expose toujours la même vision victimaire et communautariste de l'islam, et revient sur sa participation à l'organisation de cette manifestation.

Elias d'Imzalène considère évidemment les musulmans comme musulmans avant d'être citoyens Français, une communauté à part entière et, rêve-t-il, entièrement à part. Étant un fanatique de la Oumma (communauté musulmane supranationale), il ne voit que des "peuples musulmans" à travers le monde, pas des Syriens, ni des Algériens, ni des Afghans, etc., uniquement des "peuples musulmans". Appliquant le même raisonnement pour la France, il estime que "les bombardements impérialistes contre les peuples musulmans demandant de vivre libres indépendamment de l’ingérence de l’Occident" sont liés par les mêmes motivations anti islam que les "violences policières organisées contre nos jeunes en banlieue" (forcément "persécutés" car "musulmans") et les débats sur le sexisme du voile.

Il déroule ainsi des éléments de langage communs aux islamistes et aux indigénistes/racialistes : "islamophobie d'État", "répression coloniale de la police".
La ségrégation sociale, bien réelle, est selon lui "organisée contre les populations musulmanes de banlieue". Là encore, les habitants sont perçus d'abord par leur religion supposée et seraient ségrégués en raison de leur islamité, en considérant bien sûr que tout habitant de banlieue est forcément musulman. Il ne parle donc pas de Français, ni de Français d'origine étrangère, ni même de Français de confession musulmane. Il parle de "notre communauté".

Bien ancré dans son approche victimaire, il n'hésite pas, comme tous les islamistes (et leurs soutiens), à comparer la situation des musulmans aujourd'hui en France à celle des Juifs face au nazisme. Le passage de son entretien où il déclare qu'"il reste encore des justes en France capables de s’indigner sans craindre de s’afficher avec des … musulmans", fait référence aux "Justes parmi les nations", titre décerné par l’État d’Israël pour honorer les personnes ayant mis leur vie en danger pour sauver des Juifs. Il compare ainsi l'adhésion à une idéologie (l'islamisme), qu'il présente comme "musulmane" pour inclure tous les musulmans et rendre sa radicalité acceptable, à l'humanité d'un individu : les Juifs ont été persécutés et tués pour ce qu'ils étaient en tant qu'Êtres humains, pas spécifiquement pour leurs croyances religieuses. Cela rejoint sa racialisation (à la fois victimaire et totalitaire) de l'islam et de tous les musulmans. Les non musulmans qui soutiennent l'islamisme politique, comme Edwy PLenel, risquent-ils leur vie ? Benoît Hamon serait interrogé, Clémentine Autain torturée, les cadres de l'UNEF fusillés par l'équivalent de la Gestapo ? Faut-il autant de courage au NPA pour soutenir l'extrême droite musulmane qu'il en a fallu à celles et ceux qui ont réellement risqué leur vie pour avoir sauvé des Juifs ? La situation des musulmans d'aujourd'hui et celle des Juifs d'hier n'ont absolument rien en commun. Mais cette fausse comparaison est constamment martelée car elle est la carte premium de la victimisation. J'en avais analysé les ressorts dans un article précédent (4).

Elias d'Imzalène avait donc toute sa place pour participer à l'appel publié dans Libération puis à la manifestation du 10 novembre. Dans un entretien accordé au Muslim Post, il reconnait d'ailleurs y avoir participé, se félicite de la "dénonciation claire des lois liberticides de 2004 et 2010", puis confirme avoir été écarté (5). Comme pour un autre salafiste, Nader Abou Anas (pourtant membre important de la Plateforme L.E.S Musulmans, une des principales initiatrices de la manifestation), cette prise de distance n'est pas due à un désaccord doctrinal mais à un calcul politique : ces salafistes montrent trop frontalement les idées islamistes qu'il faut dissimuler pour permettre à la frange complaisante de la gauche (UNEF, NPA, …) de co-initier la tribune et la manifestation à leurs côtés. Cela a fonctionné, même si certains signataires à gauche ont quand même pris leurs distances.
Elias d'Imzalène y fait référence. Il fut "touché" par "l'engagement sincère de certains membres des Verts ou de Générations et d'autres, totalement investis pour cette cause".

Cette frange de la gauche qui s'allie à l'extrême droite musulmane bigote, réactionnaire et communautariste est pour beaucoup dans le succès politique de l'islamisme. Ce salafiste le reconnait. Par leur approche orientaliste des musulmans (et un mauvais calcul électoral), Benoît Hamon, Jean-Luc Mélenchon, Clémentine Autain et les autres, peuvent être "fiers" d'avoir renié toutes les valeurs de gauche pour s'acoquiner avec cette extrême droite. En manifestant à leurs côtés, et en prenant constamment leur défense, ils ne défendent pas "les musulmans". Ils soutiennent un mouvement politico-religieux anti républicain (chanter la Marseillaise et brandir le drapeau tricolore dans la manifestation ne sont là que pour tenter de rassurer) qui rêvent de communautarisme, voire de sécession pour certains, pour en faire les seuls représentants de l'ensemble des musulmans.
Tant que cette gauche cheminera sur les sentiers de la perdition, tant qu'elle laissera au placard Voltaire, Victor Hugo, Jean Jaurès et Aristide Briand pour lustrer et faire briller les discours d'Elias d'Imzalène, du CCIF et autres Frères musulmans, les islamistes continueront de cliver et de fracturer la société. Ils poursuivront leur avancée sur un chemin ouvert et balisé par celles et ceux dont le devoir républicain est pourtant de leur faire obstacle.

(1) Torcy. Ce que contient la note des renseignements qui a conduit à fermer la mosquée
(2) Le poison islamophobe
(3) Amazones De La Liberté
(4) Le CCIF et sa référence à l'Allemagne des années 30, l'arroseur arrosé
(5) Elias d’Imzalène : « C’est l’avenir de nos enfants et donc des nôtres que l’on attaque directement »