Naëm Bestandji

Féminisme / Universalisme / Laïcité

dossiers - Du Maghreb au Moyen-Orient - ''islamophobie'', Amira Bouraoui, Mounir Baatour

Deux militants des Droits humains condamnés pour offense à l’islam ("islamophobie")

Par Naëm Bestandji . Publié le 28 Octobre 2021 à 11h35

Amira Bouraoui et Mounir Baatour

Deux condamnations judiciaires en Algérie et en Tunisie pour offense à l'islam ("islamophobie")

Amira Bouraoui est une médecin gynécologue algérienne. Militante féministe et opposante politique, cette démocrate a déjà été condamnée par la justice de son pays dont le régime ne brille pas par ses valeurs démocratiques. En tant que féministe, elle est aussi très critique envers la religion. Le 18 octobre 2021, elle a alors été condamnée à deux ans de prison, notamment pour "offense" à l’islam (1).

Mounir Baatour est un avocat tunisien. Co-fondateur et Président de SHAMS, principale association LGBT+ tunisienne, il est également ex-candidat à l’élection présidentielle de Tunisie, comme indiqué dans sa présentation sur son compte Twitter. Il y a annoncé avoir été condamné par la chambre correctionnelle du Tribunal de première instance de Tunis à un an de prison ferme, mille dinars d’amende et deux ans de contrôle administratif pour avoir blasphémé le prophète Mahomet.

Mounir Baatour condamné pour blasphème envers l'islam ("islamophobie")

Mounir Baatour ne vit plus en Tunisie. Il vit en France depuis 2019. Cela n’est pas un choix. Il y a été contraint, suite à des plaintes et des menaces de mort parce qu’il est accusé d’avoir présenté le prophète Mohamed comme un obsédé sexuel sur sa page Facebook. Il a toujours nié.

Voilà ce qui se passe quand "l'islamophobie" (offense, atteinte à l'islam) est dans un code pénal, sous prétexte que critiquer, offenser cette religion seraient insulter les musulmans.

Le rêve des partisans du terme "islamophobie" en France

Telle est la "justice" théocratique rêvée des islamistes, dont le CCIE/CCIF, et des partisans du terme "islamophobie", ces nostalgiques du délit de blasphème qui devrait être rétabli en France, mais uniquement pour l'islam. Pour lisser leur discours, ils affirment n’avoir aucun problème avec la critique de l’islam… sauf quand on le critique. Pourquoi ? Parce que manquer de respect à cette religion serait manquer de respect aux musulmans. L'insulte contre une personne en raison de sa religion, légitimement punissable par la loi, est ainsi fusionnée avec l'atteinte à l'islam. L'intérêt est de se servir de la première pour délictualiser la seconde. L’islamisme étant confondu avec l’islam, toute critique de cette idéologie totalitaire est considérée comme une critique envers l’islam, donc comme insultante envers tous les musulmans. Pire encore, partisans de la racialisation de cette religion, ils considèrent qu’offenser l’islam serait du… racisme. En résumé, ils veulent revenir à une époque bénie que personnes de vivant n’a connue : l’Inquisition, adaptée à l’islam. Si "l’islamophobie" était un délit en France, Mila n’aurait pas eu le statut de victime par la justice, mais de coupable. Elle aurait connu le même sort que ces deux militants.

Il n’y a alors rien d’étonnant à ce qu’ils soient restés sourds et silencieux aux condamnations d’Amira Bouraoui et Mounir Baatour. Est-ce une forme de pudeur pour ne pas montrer leur incroyable orgasme à l’annonce de ces nouvelles ?

Tant que nous serons en démocratie, que nous ne vivrons pas en théocratie, "l'islamophobie" ne sera jamais un délit. Les condamnations judicaires algérienne et tunisienne de ces deux militants des Droits humains, comme cela se produit aussi ailleurs à travers le monde, sont des piqûres de rappel.

(1) Algérie : deux ans de prison pour la militante Amira Bouraoui