« Je vais vous expliquer ce qu’est la pudeur en islam. En islam, la pudeur vise à ne donner à la femme que sa valeur au niveau intellectuel. »
Telle est l’introduction d’Éric Younous pour tenter de faire passer la misogynie du voile pour un respect des femmes.
Éric Younous est un converti à l’islam, diplômé de l’université de Médine « en langue arabe et en Fiqh (Droit musulman) ». Il a créé son site internet, « Méthode Médine Plus », pour enseigner la langue arabe dont l’objectif est surtout l’apprentissage de l’islam. Il s’y présente comme « professeur ». Sur le plan légal et administratif, le site est édité par la société « SASU Enseigner et Apprendre », dont Eric Younous est le directeur de publication.
Son approche islamique est salafiste, celle des « pieux prédécesseurs ». Il est ainsi, comme tous les islamistes, misogyne et un fervent partisan du patriarcat, donc un prescripteur du voile.
Sa chaîne YouTube compte plus de 230 000 abonnés. Le nombre de vues de ses vidéos frise les 22 millions. Sa page Facebook dépasse les 101 000 abonnés. Son compte Instagram va bientôt atteindre les 94000. Il n’est donc pas n’importe qui. Il rejoint l’influence d’autres prédicateurs islamistes comme Nader Abou Anas ou Rachid Eljay. Le nombre grandissant de musulmanes voilées, thermomètre visible de la progression de l’islamisme, s’explique en grande partie par l’influence 2.0 de ces prédicateurs radicaux. Comment, au XXIème siècle, réussissent-ils à convaincre des femmes et des adolescentes à se soumettre au patriarcat, à s’entraver d’un voile, pour « protéger les hommes de la tentation » ? Les réponses détaillées sont dans mon livre (« Le linceul du féminisme-Caresser l’islamisme dans le sens du voile »). Dans la vidéo que j’aborde dans cet article, Éric Younous propose un échantillon.
Comme ses autres collègues, il a consacré plusieurs vidéos au voile pour convaincre les musulmanes de se soumettre. Il n’a de cesse de marteler, par exemple, les bons points du voilement pour plaire à Dieu et gagner sa place au paradis. Il enchaîne toujours avec les mauvais points et sa place pour l’Enfer si la musulmane ne se voile pas quand elle risque de croiser un homme étranger à sa famille. Les Frères musulmans et les « idiots utiles » nomment cela le « libre choix ».
Certains sont particulièrement francs concernant leur patriarcat et leur misogynie, comme Mohamed Nadhir (1). D’autres choisissent un vocabulaire et une rhétorique plus soft, comme Éric Younous. Mais ils expriment tous les mêmes idées, les mêmes arguments, citent les mêmes exemples, pour un même objectif : amener les musulmanes à se soumettre en se voilant. Dans cette courte vidéo mise en ligne sur son compte Instagram, Éric Younous reprend quelques-uns de ses arguments et de ses sophismes, communs à tous les islamistes, pour promouvoir le sexisme du voile.
Pour ne pas provoquer chez lui un « certain nombre de pulsions » à la vue d’une femme, Éric Younous a besoin de la cacher sous un voile pour « regarder la femme en tant qu’être humain, ses discussions, l’intelligence qu’elle dégage dans ses réflexions ». Sans cela, il ne verrait qu’un bout de viande sexuellement appétissant.
En tant qu’islamiste et partisan du patriarcat, il considère que ce n’est pas à lui de tempérer ses ardeurs, d’apprendre à respecter les femmes (en allant consulter un psy par exemple). Pour lui, c’est à la femme d’assumer la responsabilité de la gestion de sa libido : elle doit se cacher pour que ses cheveux, ses oreilles, son cou et « ses formes » soient hors de sa vue (il peut facilement être excité à la vue du coude d’une femme). L’homme ainsi protégé de la tentation de cet objet sexuel, la femme sera « respectée » en retour. Il le confirme lui-même : « Le voile vient te préserver du regard de l’homme qui ne te donnera de la valeur que si tu provoques en lui un certain nombre de sentiments. » Plus clairement, un homme ne peut considérer une femme que par les courbes de son corps qui provoquent en lui une attirance sexuelle. Le voile préserve la femme de ces pulsions. Ainsi dissimulée, elle devient respectable. Pour présenter le voile de façon positive, les islamistes tels que lui utilisent un terme marketing efficace pour nommer cet avilissement et chosification sexuelle des femmes : « la pudeur ».
Comme tous les islamistes, pour transformer ce rabaissement de la femme en vision positive, il utilise la rhétorique d’inversion pour inverser les perceptions et changer le réel. En effet, le voile signifie que la femme est un objet sexuel à dissimuler sous un voile pour ne pas exciter les hommes. Or, voilà comment Éric Younous le présente : « le voile vise à enlever à la femme la notion de femme objet. » Dans une autre vidéo, il présente la femme voilée comme « une princesse », quand d’autres la comparent à une perle ou un bijou dont le voile serait l’écrin. L’idée est de valoriser l’objet sexuel pour transformer l’avilissement du voile en valorisant artificiellement celle qui le porte.
Pour présenter le voile de façon positive, les islamistes utilisent un terme marketing efficace pour nommer cet avilissement et chosification sexuelle des femmes : « la pudeur ».
Éric Younous poursuit son argumentaire classique de l’islamisme en comparant cette « pudeur » des femmes musulmanes voilées avec les femmes occidentales. Pour cela, il utilise la technique rhétorique de l’homme de paille (ou plutôt, ici, d’une femme de paille). Le but est de déformer ou exagérer la position des féministes universalistes, de créer une caricature afin de les décrédibiliser. Éric Younous s’y prend ainsi : « excusez-moi de vous dire cela, mesdemoiselles qui parfois se revendiquent du féminisme : ce n’est pas « plus tu te maquilleras, plus tu mettras des vêtements moulants et plus tu auras de la valeur dans la société » ». Aucune féministe au monde ne dit cela. Caricaturer et diaboliser les adversaires du sexisme du voile est un classique des prêches islamistes, à défaut de pouvoir défendre l’indéfendable.
Malgré tous les efforts qu’ils déploient pour tenter de faire passer leur misogynie pour une forme de respect des femmes, les islamistes savent que ce n’est pas suffisant pour convaincre plus de musulmanes de se dissimuler sous un voile. Éric Younous fait alors comme tous les autres prédicateurs extrémistes (eux seuls sont unanimes sur le port du voile). Il bascule sans transition de la misogynie, ce qu’il nomme la « pudeur », vers le spirituel. Si ses arguments sexistes ne sont pas suffisants, l’appel à Dieu est supposé finir de convaincre les récalcitrantes. Le problème est que le voile n’a rien de spirituel. Il n’a pas été créé pour cela. Le Coran lui-même ne parle pas de « voile ». Quant au verset utilisé pour le justifier, l'explication n’est pas spirituelle mais sociale, pour « protéger la femme de l’offense » de certains hommes. Une justification patriarcale, seule raison d’être du voile depuis sa création dans l’antiquité. C’est pour cela que l’argument de la spiritualité ou de la religiosité tombe toujours comme un cheveu sur la soupe, sans jamais expliquer en quoi le voile serait spirituel. Éric Younous ne fait pas exception : « avant toute chose, c’est une adoration. Ces femmes sont en train d’adorer leur seigneur à travers le fait de porter ce voile. Tout comme d’autres personnes vont adorer leur seigneur en se prosternant. Tout comme d’autres personnes vont adorer leur seigneur en partant faire le grand pèlerinage. Nous sommes ici dans une dimension religieuse. »
Éric Younous ment sciemment. Le degré de piété d’une croyante ne se mesure pas au nombre de centimètres d’un tissu porté sur sa tête. Le voile n’est pas une adoration de Dieu mais une détestation des femmes. Le voile n’est pas comparable à la prosternation devant Dieu (applicable par les deux sexes), mais à la soumission à la libido masculine. Le sexisme du voile n’a rien en commun avec un pèlerinage religieux (effectué par les deux sexes). Le voile n’est comparable qu’avec d’autres accessoires qui discriminent, stigmatisent et infériorisent des individus pour ce qu’ils sont en tant qu’êtres humains. Le voile n’est pas un signe religieux. Il est la matérialisation de la misogynie dans sa forme la plus pure. Mais dire la vérité à ses ouailles n’est pas vendeur. Éric Younous fait dire au Coran ce qu’il ne dit pas, mais que tous les islamistes martèlent, pour convaincre celles qui ne sont pas convaincues par la « pudeur ».
Il termine volontairement sa vidéo par une conclusion lapidaire afin d’acculer les musulmanes encore hésitantes : « Qu’on soit bien clair : le voile est une obligation en islam. » Par la rhétorique d’inversion, certains nomment cela « la liberté de se vêtir comme on le souhaite ».
Se soumettre au voilement n’est pas « mon corps mon choix », slogan féministe détourné par des militantes voilées pour défendre leur patriarcat. Elles disent elles-mêmes remettre le contrôle de leur corps à leur Dieu. Or, Dieu ne parle pas. Qui parle en son nom ? Les hommes qui prescrivent le voile… Éric Younous est de ceux-là. Voilà comment s’étend le sexisme du voile, thermomètre visible de l’avancée de l’islamisme.
(1) Mohamed Nadhir (partie 7), la matérialisation du patriarcat par le voile