Naëm Bestandji

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L'islamisme progresse grâce à l'occultation du corps des femmes

Par Naëm Bestandji . Publié le 18 Mars 2019 à 13h02

Source : http://www.courrier-picard.fr/171486/article/2019-03-13/le-burkini-fait-son-entree-la-piscine-de-quend-fort-mahon#

Les pressions islamistes, à travers le cheval de Troie politique qu'est le voile, se multiplient. Nous sommes bien loin de l'affaire isolée des deux collégiennes de Creil en 1989. Aujourd'hui, si la loi de 2004 a mis un terme (relatif) aux coups de boutoir de ces intégristes religieux contre l'école, tous les autres domaines de la société sont devenus des terrains de conquêtes. Des entreprises aux piscines en passant par les partis politiques, l'enseignement, l'économie et même la fonction publique censée être préservée. Ceci est rendu possible par la complicité de partis et personnalités politiques, d'intellectuels et d'associations, tout comme de grandes enseignes (Decathlon, H&M, Nike, etc.). Plus surprenant, des féministes, supposées lutter pour l'égalité des sexes et contre le patriarcat, soutiennent l'obscurantisme religieux de l'islamisme dont le corps des femmes est le champ de bataille.

La victimisation permanente des islamistes leur permet d'avancer

Plusieurs raisons expliquent cela. Il y a bien sûr le côté victimaire. Si les musulmans lambda aspirent à vivre comme tous les autres citoyens, les islamistes sont présentés comme de simples musulmans éternellement victimes. Ainsi, toutes leurs revendications devraient être acceptées sous peine d'être accusé d'intolérance voire de racisme (l'islam est aujourd'hui racialisé pour rendre sa frange intégriste intouchable). Des partis politiques, syndicats, associations et individus ayant une vision orientaliste et condescendante des musulmans, sont ainsi prêts à accepter ce qu'ils n'accepteraient jamais venant d'autres idéologies.

Toutes les revendications islamistes devraient être acceptées sous peine d'être accusé d'intolérance voire de racisme.

Au-delà de la victimisation, pour réussir à obtenir ces alliances, les islamistes politiques que sont les Frères musulmans progressent par petits pas. Ils créent ou instrumentalisent des situations isolées pour mettre la pression sur la société et/ou une institution. Une fois satisfaction obtenue, on l'enracine pour que la société s'habitue. Puis, on passe à l'étape suivante pour toujours mieux avancer.

Tout cela est rendu possible car les signaux d'alerte ne fonctionnent pas. Nos repères se sont construits face aux pressions du catholicisme, aux luttes contre l'extrême droite et le soviétisme. L'islamisme ne correspond pas à ces modèles. On essaie pourtant de les calquer. Les signaux d'alerte ne sont donc pas adaptés et les balises ne peuvent pas s'allumer. L'ignorance est de mise. Ainsi, croire que c'est en acceptant l'intégrisme musulman que le voile disparaîtra de lui-même est une erreur fondamentale. Je n'y ai jamais cru. J'étais déjà affligé par un tel argument il y a 30 ans. Les faits et l'expansion de ce phénomène m'ont donné raison. Le fanatisme religieux ne s'éteint pas comme par magie au contact des autres citoyens. La puissance des discours islamistes, qui martèlent le risque des flammes de l'enfer, rend quasiment impossible le dévoilement des femmes endoctrinées, même si elles sont au contact du reste de la société. C'est plutôt le contraire qui se produit : l'islamisme se banalise et en vient à être soutenu. Ce qui lui permet de renforcer sa pression psychologique sur les musulmanes non voilées. Le sexisme religieux et son corollaire politique ne peuvent donc que s'étendre. Cela explique en grande partie la situation que nous connaissons aujourd'hui.

Ainsi, si nous sommes tous unis face à l'islamisme djihadiste, dont les revendications sont trop flagrantes et les méthodes ultra-violentes, nous ne le sommes pas face à l'islamisme politique. Avec une grande patience, une stratégie victimaire et de petits pas habiles, la frange politique de l'islamisme réussit là où le djihadisme échoue. C'est pour cela que je ne cesse de clamer depuis des années que, sur le plan sociétal, la plus grande menace n'est pas le terrorisme. C'est l'islamisme politique.

La puissance des discours islamistes, qui martèlent le risque des flammes de l'enfer, rend quasiment impossible le dévoilement des femmes endoctrinées, même si elles sont au contact du reste de la société.

L'affaire Etam : une candidate voilée crie à la discrimination si elle n'est pas recrutée

Un nouvel exemple a eu lieu à Montpellier. Le 12 mars 2019, une islamiste voilée a posté une vidéo-témoignage sur Twitter. Elle explique s'être rendue dans une boutique de lingerie Etam pour y déposer une demande d'emploi. Estimant avoir été mal reçue, elle hurle à la discrimination en cas de refus. Dans l'inversion habituelle des rôles, elle ne considère pas son voile comme un vêtement sexiste discriminant. C'est la réponse négative à sa candidature qui serait vécue comme... raciste. Cette demande est un contre sens. Mais elle trouve politiquement une cohérence. Rapidement, la stratégie victimaire a tourné à plein régime. L'association "féministe" Lallab (qui défend l'idéologie des Frères musulmans, toilettée pour la rendre acceptable), le CCIF (idéologiquement la branche juridique des Frères musulmans en France), Islam&Info (site salafiste), etc. : tous se sont rués sur cette affaire. Certains somment même l'enseigne d'embaucher immédiatement la demandeuse. Sinon, ce serait de "l'islamophobie", terme dévoyé pour en faire un synonyme de racisme pour tout et n'importe quoi, toujours dans la même stratégie victimaire pour une meilleure progression politique et idéologique. Rappelons qu'une entreprise a le droit d'exiger la neutralité politique et religieuse de ses salariés, surtout quand ces salariés sont en contact avec la clientèle.

La frange politique de l'islamisme réussit là où le djihadisme échoue.

Quend-Fort-Mahon autorise le sexisme du burqini dans sa piscine

Un autre exemple concerne cette fois une piscine. Après Rennes, "le burkini fait son entrée à la piscine de Quend-Fort-Mahon" (1). Si jusque-là toute autre tenue que le maillot de bain était interdite, le "syndicat mixte Baie de Somme-Grand littoral picard a dû modifier le règlement de son équipement aquatique (…) afin d’accueillir les femmes vêtues de burkini." Une nouvelle fois, une demande de privilège est accordée pour ne pas être taxé de discrimination… en acceptant une tenue discriminante pour les femmes… Le raisonnement est totalement incohérent mais si plaisant pour l'avancée de l'islamisme. C'est l'épilogue d'une affaire qui remonte à 2016. Deux femmes s'étaient présentées pour se baigner en burkini. La piscine refusa, comme elle refuse les combinaisons de plongée ou les shorts de bain. Mais peu importe pour les deux femmes : ce refus de privilège a été vécu comme une injustice, leur radicalité religieuse et sexiste devant être acceptée par tous et partout. L'une d'elles a saisi le Défenseur des droits, estimant "avoir été victime de discrimination fondée sur sa religion". Nous retrouvons là un des fondamentaux de l'islamisme politique. L'occultation sexiste des femmes est religiosifiée pour brandir l'atteinte à la liberté religieuse. En effet, cela n'a rien de religieux en islam. Seuls les intégristes le prescrivent et sans jamais avancer le moindre argument spirituel : cacher les femmes du regard des hommes pour préserver leur libido. De plus, les raisons du refus des responsables de la piscine n'ont rien à voir avec la religion. Ils ont appliqué une équité de traitement et d'hygiène vis-à-vis des autres baigneurs. Brandir la discrimination religieuse est donc hors sujet. Mais le Défenseur des droits n'a pas vu les choses ainsi : "le refus d’accès opposé aux deux dames fondé sur le port du burkini caractérise une discrimination fondée sur la religion et le genre au sens des articles 8 et 9 de la Convention Européenne des droits de l’Homme". Pourtant, le burqini, comme toutes les autres formes de voiles islamistes, a été créé pour discriminer des Êtres humains, les femmes, en raison de leur genre. Mais le défenseur des Droits a préféré aller dans le sens politique des islamistes. Il invoque la liberté religieuse là où elle n'est pas concernée plutôt que de retenir la discrimination du burqini basée sur le genre et l'équité vestimentaire appliquée jusque-là dans cette piscine.

"Compte tenu du risque d’être poursuivi devant le tribunal correctionnel et d’une jurisprudence donnant droit à la plaignante à une indemnisation de 1000 euros, les élus du Syndicat mixte ont considéré la requête du Défenseur des droits et décidé de modifier le règlement de l’Aquaclub." Voilà comment la pression islamiste procède et porte ses fruits. L'islamisme politique réussit donc bien à faire rompre les digues là où le djihadisme échoue.
Face au tollé, notamment l'indignation du président du Conseil régional des Hauts de France Xavier Bertrand, le syndicat en charge de la piscine de Quend-Fort-Mahon a finalement annulé l'autorisation de privilège du burkini. La digue a été colmatée. Pour combien de temps ? Car elles ont déjà cédé ailleurs, comme à Rennes.

Le respect de la radicalité religieuse est de plus en plus privilégié au détriment du respect des femmes et de la lutte pour l'égalité des sexes. C'est le raisonnement de l'intersectionnalité portée par les "décoloniaux" qui permet, comme nous le constatons encore ici, d'ouvrir les portes à l'islamisme. De renoncement en renoncement, ces reculs, perçus comme des avancées de tolérances par les relativistes, auront des conséquences dramatiques. Les premières victimes seront toujours les femmes.

(1) Le burkini fait son entrée à la piscine de Quend-Fort-Mahon