Naëm Bestandji

Féminisme / Universalisme / Laïcité

dossiers - Voile - UNEF, Maryam Pougetoux, Assemblée Nationale

Voile à l'Assemblée Nationale : le prosélytisme politico-sexiste de l'UNEF

Par Naëm Bestandji . Publié le 20 Septembre 2020 à 15h00

Capture d'écran de LCP.

Une commission d’enquête parlementaire sur les conséquences de la covid-19 sur la jeunesse s'est tenue à l'Assemblée Nationale ce jeudi 17 septembre. L'UNEF, syndicat étudiant partenaire de l'islamisme politique, fut auditionnée.

Sa représentante était Maryam Pougetoux, vice-présidente du syndicat, première militante islamiste à avoir atteint un tel degré de responsabilité dans un syndicat censé être laïque (et de gauche). L'affichage de ce porte-drapeau au sein d'une assemblée qui a voté des lois pour l'égalité des sexes est un acte de défi autant qu'un acte prosélyte. Des députés LR et une députée LREM ont quitté la commission en signe de protestation face au sexisme "religieux" et politique porté par l'UNEF.

Caricature de Riss montrant la compromission de l'UNEF avec les Frères musulmans

Caricature de Riss montrant la compromission de l'UNEF avec les Frères musulmans.

Tout est bon pour promouvoir l'air de rien, à travers des domaines éloignés du sexisme religieux, l'islamisme politique par son support sexiste. Une femme voilée présente des "bons plans cuisine" sur Internet et est promue par BFMTV, une autre intervient à l'Assemblée Nationale pour parler de la Covid-19, etc.

Le sexisme du voile a aussi été pensé pour être prosélyte

Le port du voile est éminemment prosélyte et politique. Peu importe les intentions de celles qui le portent, le voile en est la quintessence. Prenons l'exemple d'un adolescent qui désire s'acheter une paire de baskets. Il apprécie la marque à la virgule car il trouve ses produits confortables et de bonne qualité. Il reconnait également, souvent inconsciemment, que la virgule visible par tous est un signe identifiant. En achetant ces baskets, il paie aussi la marque que chacun pourra admirer à ses pieds. Ce client contribue, (plus ou moins) malgré lui, à la communication de la marque, au développement de sa stratégie marketing. Il devient un panneau publicitaire, valide cette stratégie commerciale et toute la philosophie capitaliste qui l'accompagne. C'est exactement la même chose pour le voile. Chaque femme qui le porte est un support marketing, un porte-drapeau de l'islamisme. Elle participe à la banalisation et au développement de cette idéologie totalitaire, raciste et sexiste. Les intégristes musulmans ont théorisé cette visibilité. Ils considèrent que plus les femmes voilées seront nombreuses et visibles dans toutes les sphères de la société, plus la société s'y habituera et sera encline à accepter progressivement les demandes islamistes. C'est pour cela, confirmé par les multiples affaires de voile depuis 30 ans, que je désigne le voile comme cheval de Troie de cette idéologie.

Selon les penseurs islamistes, plus les femmes voilées seront nombreuses et visibles dans toutes les sphères de la société, plus la société s'y habituera et sera encline à accepter progressivement les demandes islamistes.

Lors d'une conférence, le prêcheur salafiste Nader Abou Anas rappela cette fonction du sexisme du voile en citant une militante voilée : Notre da'wa est dans notre hijâb. Pas besoin de parler. Le hijâb le fait pour nous.
La da'wa est une forme de prosélytisme religieux pour inviter les non-musulmans à écouter le message de l'islam et à embrasser cette religion. Elle invite également les musulmans à emprunter le chemin défini par les islamistes, censés être plus pieux que les autres. Le voile en est l'outil principal. Il existe ainsi de multiples témoignages de femmes qui expliquent s'être voilées après avoir pris exemple sur des "sœurs" qui portent déjà le voile. Nader Abou Anas confirme que, je le cite, le voile est un "symbole" et que sa visibilité "permet d'appeler à l'islam silencieusement ". L'UNEF le met en pratique au sein de la représentation nationale.

Les militantes ont intégré cette stratégie construite par des hommes. Ce fut d'ailleurs par elles, en 2004, que j'en avais pris connaissance. Je m'étais rendu à une conférence organisée par une association musulmane dans le quartier de la Villeneuve de Grenoble. Toutes les spectatrices étaient voilées. L'intervenante principale, porteuse d'un hijab et émule de Tariq Ramadan, tenait un discours antiféministe à la fois victimaire et conquérant : les femmes voilées seraient victimes d'une société intolérante ; il faut qu'elles occupent des emplois et pratiquent des activités dans tous les domaines pour habituer la société à leurs présences et ensuite mieux faire avancer leurs revendications. Des propos que j'ai par la suite régulièrement entendus. Nous pouvons les trouver, entre autres, sur la page Facebook de Lallab (association qui se présente comme féministe et areligieuse mais promeut l'idéologie politico-sexiste des Frères Musulmans, toilettée pour la rendre plus fashion).

Le 18 janvier 2018, Lallab publia un de ses multiples articles qui tentent de faire passer le voile pour un simple accessoire religieux (1). Comme toujours avec les islamistes et leurs partenaires, la raison d'être du voile (le racisme, le sexisme, le patriarcat et l'apartheid sexuel) est occultée. Ils mettent en avant une innovation des intégristes absente du Coran, pour à la fois séduire les musulmanes, rassurer la société et culpabiliser toute opposition : le voile serait religieux. On peut alors dérouler tout le discours victimaire de la martyre qui baignerait dans une société "religieusement" intolérante et qui ne pourrait pas vivre sa foi à son travail (ou en audition à l'Assemblée Nationale...). L'auteure de l'article exprime enfin son rêve de voir des femmes voilées partout y compris, justement, élues à l'Assemblée Nationale.

Les militantes islamistes qui commentèrent cet article sur la page Facebook de Lallab, ne dirent pas autre chose : (...) on doit intégrer toutes les structures de l'État pour changer les choses de l'intérieur. Le jour où on sera en force, nous voilée dans tout les domaines et qu'on mettra en avant nos doléances on sera entendu. Grâce à nos infiltrations et à nos sacrifices la génération future ira travailler avec un voile sur la tête (sic).

Il était alors prévisible que l'association réagisse au clash de la présence du voile à l'Assemblée Nationale. Dans un tweet, Lallab dénonce l’acharnement sexiste, raciste et islamophobe de la classe politique qui, avec la complicité des médias, contribue à banaliser un discours xénophobe visant les femmes musulmanes qui portent le voile.

Lallab soutient le voile à l'Assemblée Nationale
Nous retrouvons dans un seul tweet une concentration de l'ensemble du discours politique de l'islamisme : l'islam n'est plus une religion à laquelle on choisit d'adhérer, mais une ethnie, une race à laquelle on est assigné. L'islamisme étant considéré comme l'islam tout court, toute opposition serait raciste. Comme l'islam est une race, le voile devient génétiquement partie intégrante du crâne de la femme qui le porte. Ainsi, toute critique du voilement est accusée de racisme. C'est tout l'art du terme "islamophobie", utilisé dans le rêve d'un délit de blasphème spécifique à l'islam. Maryam Pougetoux est une Française "de souche" convertie à l'islam. Mais, par le raisonnement racialiste de l'islamisme, cela permet à Lallab d'accuser ses détracteurs de xénophobie. Le but d'une telle approche, au-delà de présenter l'islamisme comme unique forme de l'islam, est la victimisation.

Cette stratégie de la banalisation par la visibilité, et l'inversion des rôles (le voile serait féministe, toute opposition serait sexiste), tend à porter ses fruits depuis quelques années.

Ainsi, Nader Abou Anas, très écouté en France par nombre de musulmans, n'invente rien. Il dit lui-même n'être qu'un transmetteur des avis des "savants". Tous affirment cette fonction prosélyte du voile. Il est inutile d'être théologien pour le réaliser. La visibilité du voile représente à elle seule un message prosélyte, peu importe encore une fois les intentions de celles qui le portent. Et les intentions politiques de la représentante de L'UNEF sont claires.

Par le voile, l'UNEF met en pratique la stratégie de communication de l'islamisme

Maryam Pougetoux fit déjà polémique en 2018 en raison du voile qu'elle arbore pour représenter les étudiants. A l'époque, j'avais écrit un article (2) pour montrer que cette compromission de l'UNEF avec une extrême droite religieuse n'est pas un cas isolé ni un hasard. Elle s'inscrit dans une histoire, un mouvement de fond qui touche toute une partie de la gauche.

L'affichage politique du sexisme du voile n'est pas interdit par le règlement de l'Assemblée Nationale. Comme d'habitude, les réactions se concentrent sur la laïcité (surtout pour les défenseurs du voile), hors sujet, pour délaisser le véritable terrain concerné : le sexisme. Cet épisode montre encore une fois que le respect de la liberté "religieuse" (présenté ainsi en premier lieu par les islamistes) est prioritaire à la lutte pour l'égalité des sexes. La laïcité ne doit pas être un outil de défense pour les uns, d'aménagement pour les autres, de l'inégalité des sexes.

En attendant, les partisans du voile ont raison de clamer qu'il n'est pas interdit en commission de l'Assemblée Nationale (pour les femmes auditionnées), bien pratique pour l'esquive du sexisme politique qu'il incarne. Quitter la commission ne fût pas la bonne réaction. Maryam Pougetoux n'est pas venue en douce. La commission était informée. Ses membres se doutaient bien qu'elle se présenterait avec sa panoplie d'enfermement patriarcal dans un lieu qui vota des lois pour le faire reculer.

La laïcité ne doit pas être un outil de défense pour les uns, d'aménagement pour les autres, de l'inégalité des sexes.

Il aurait fallu, selon moi, laisser terminer l'intervention de la militante pour ensuite manifester verbalement son désaccord à la présence d'un tel signe en ce lieu. Puis, se mobiliser plus tard pour modifier le règlement de l'Assemblée. Il faudra préciser ce qui doit l'être car l'UNEF a profité d'un vide règlementaire. Oui, ce syndicat est bien le partenaire de l'islamisme politique.

(1) Chaque jour, je retire mon voile pour travailler
(2) La dérive de l'UNEF, un mouvement de fond qui touche une partie de la gauche

VoileTous les articles